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NUMERO
22
Apprendre à
s'aventurer ? Ah! quelle est belle la nature
cultivée, s'était exclamé le grand naturaliste Buffon.
Peut-on dire en le
paraphrasant « qu'ils sont beaux et riches ces sports de
nature », purs produits eux-mêmes d'une très longue confrontation
« culturelle » avec les éléments « naturels ».
N'est-ce pas Jacques Ulmann qui vient de nous
quitter, qui nous a alerté en écrivant « les doctrines pédagogiques
qui se réclament de la nature semblent vouées à de nombreuses
équivoques ».1 Mais l'appellation
« sport de nature » a fait aussi problème et le débat a été vif
pour cerner la spécificité d'un ensemble dont le dénominateur commun est
trop commode pour être honnête. Doit-on parler
« d'activités », de « loisir », en croyant préserver
ainsi un espace de liberté et de créativité pour se distinguer des
contraintes supposées du sport urbain ? Doit-on constater cependant
que nous sommes en présence de nouveaux sports riches de techniques et
d'engins très élaborés, se déployant aujourd'hui dans une nature certes
civilisée et sécurisée mais avec heureusement la capacité intacte de
provoquer l'émotion et l'imaginaire. C'est tout cela qui appelle
des apprentissages exigeants pour atteindre l'autonomie dans une aventure
maîtrisée à l'opposé des tentations pour les pulsions de mort !
Ne doit-on pas enfin être
lucide sur les fortes inégalités sociales qui marquent ces pratiques et
sur la marchandisation accrue des loisirs de consommation de faible
niveau. On mesure alors qu'il y a un
enjeu sérieux pour une véritable démocratisation de l'EPS qui devrait
faire toute sa place à ces objets culturels de qualité dans une
perspective critique et progressiste en relevant les défis du coût social
et des problèmes d'organisation et de sécurité. C'est l'objectif de ce numéro
de montrer que c'est possible à partir de nombreuses réalisations des
équipes de collègues et avec l'éclairage d'un ensemble de contributions
aussi diverses que remarquables. Pas d'EPS sans APPN !
Jacques Rouyer |