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PROJET HEBRON


2 mai

Quelques nouvelles, mais ici, les journées ne durent pas assez longtemps.
Hier, comme en France, journée revendicative. Pas de manifestation à Hébron, mais à Ramallah de nombreux syndicalistes s'étaient donnés rendez vous pour participer à la manifestation.
Nous avons attendu le restant du groupe une bonne partie de la journée, puisqu'ils sont restés bloqués à l'aéroport pendant 8 heures. Interrogatoires, attentes, moqueries (« vous voulez manger des sandwiches avec du caviar ? »), bref, le règne de l'arbitraire ! Ils sont arrivés épuisés, craignant leur retour en France dans l'avion suivant. Maintenant nous attendons Mathilde qui doit travailler avec l'association pour son stage de FLE.
Pendant ce temps, avec Nathalie et Bruno, nous sommes allés dans la vieille ville, le meilleur endroit pour prendre la température de la situation. Des barbelés ferment l'endroit de tous les cotés, rendant impossible tout passage pour les palestiniens. Nous réussissons à passer et tentons de négocier pour un homme palestinien, mais rien n'y fait, le (très) jeune soldat dit ne pas vouloir discuter et d'ailleurs dit-il, c'est normal qu'il ne puisse pas passer, puisqu'il est différent de nous (!). Évidemment de l'autre coté le désert était encore plus pesant, et les quelques boutiques ouvertes nous attendaient comme le… messie.
Le soir nous étions invités à la soirée inaugurale de la jeune association palestino-marocaine, Brahim et Lhasen étaient tout heureux de nous rencontrer. J'ai proposé de nouer des contacts avec « trait d'union », ce qui les a bien sûr intéressé…
Nous en avons profité pour rendre d'autres contacts. Il y a avait là le député coin, qui nous avait déjà accueilli l'an dernier pour un débat très ouvert, et le responsable local du FATAH ave qui nous avons rendez-vous demain.
La veille, nous avons donc rencontré une association au camp d'Al Arroube. La discussion était intéressante et le projet de jumelage semble recueillir une grande attention. Ils attendent une délégation cet été et espère ainsi pouvoir sortir de leur isolement.

Aujourd'hui, nous avons démarré notre première journée de stage. Il y a 20 filles dont plusieurs viennent de Tulkarem et de Jénine. C'est bien sûr un peu émouvant de rencontrer ces jeunes filles, d'ailleurs très dynamiques, quand on connaît la situation et les évènements passés. Traverser la Palestine pour participer à un stage de formation sportive est un bel exemple de courage et de ténacité.
Demain après le stage nous retournons au camp, puis le lendemain à Yatta pour discuter sur leur projet de construction d'un centre médical. Je dois également prendre rendez-vous avec le village de Maasara pour transmettre des documents et essayer de prendre contact avec « hydraulique sans frontières ».

Le soir


Quelques nouvelles «pédagogiques« après notre première journée de stage à Hébron. Nous avons 20 filles et 20 gars en formation dont quelques filles de Jénine et Tulkarem, ce qui est ici une réussite! Le ministère des sports semble assez fier d'avoir réussi à faire descendre ces filles (la circulation n'est pas toujours aisée) et il les a accueillies avec beaucoup d'honneur….pour la première fois, j'ai vu des hommes vraiment au service des femmes ! Il considère que cela est une ouverture du projet intéressante, surtout si on peut prolonger cet été par un stage dans ces villes du Nord. D'ailleurs ces filles sont très sportives, très actives, très « parlantes ». Elles semblent plus ouvertes, et plus cultivées, sûrement plus habituées à lutter à armes égales avec les hommes (et les occupants).
Pour le stage, nous avons fait une première réunion ave les CEMEA hier pour caler les objectifs et la première journée. Le débat a été intéressant, chacun-e a bien compris les possibilités nouvelles offertes par la coopération, sans perdre de vue le travail déjà engagée et le orientations.

4 mai


Prendre le temps de noter chaque journée, c'est un bon exercice de mémoire, tant les projets dans une journée sont différents. Moi, après le stage, je cours après les rendez-vous, entre le camp de réfugiés et le village de Yatta dans lequel je n'ai pas encore réussi à mettre les pieds.

Notre stage atteint sa vitesse de croisière. Aujourd'hui il a fallu mettre toute notre énergie pour que nos stagiaires acceptent de jouer notre jeu. Rien de très spécifique d'ailleurs aux situations rencontrées en France dans nos propres stages de formation. Quand nous avons demandé un travail collectif sur les variables du jeu, nos filles demandaient à apprendre des nouveaux jeux. Non seulement, il fallait travailler collectivement, mais la connaissance ne descendait pas toute seule dans leur escarcelle. Moment de doute et d'incertitude, inconfortable mais nécessaire; nous avons tenu bon et le résultat est assez probant. Nous avons maintenant du matériau pour débattre: à partir de leur production, nous pouvons travailler sur leurs représentations du sport, de l'apprentissage et de la formation. 4 jours sont un peu courts. Chaque jour nous devons rappeler qu'elles sont les futures formatrices des leaders des camps d'été. L'ambiance reste dynamique, chaleureuse et gaie. Côté garçons, cela semble également bien se passer. Nous n'avons pas trop l'occasion de travailler avec eux car nos horaires sont un peu décalés.
Nous logeons tous chez une famille, assez loin du centre, ce qui nous pose quelques problèmes de circulation. Mais ce soir, nous avons partagé leur repas, barbecue dehors malgré le froid (il fait plus chaud en France) avec toute la famille. C'était un moment de grande chaleur humaine, ils nous ont adopté et leurs enfants aussi (nous sommes tout de même 7, imaginez un peu si on débarquait tous chez vous pendant une semaine, alors que vous travaillez tous les deux, que vous avez 4 enfants en bas âge, puisque la dernière a tout juste 2mois !!!). Ce soir, l'armée israélienne avait fermé le check-point d'entrée sur la ville et il fallait faire un grand détour sur les autres collines pour arriver ici (15kms au lieu de 2). C'est ça la réalité : réfugié dans son propre pays, pas de maîtrise de ses déplacements, l'armée décide pour vous arbitrairement à quelle heure vous allez pouvoir rejoindre votre domicile. Ce soir, même à pied, impossible de passer. Moi, j'étais partie plus tôt rejoindre une nouvelle réunion au camp de réfugiés pour travailler sur le projet de jumelage. Depuis que je rencontre les responsables du camp (il y en a beaucoup, mais on ne sait pas toujours de quoi ils sont responsables -je dis « ils » car « elles » ne sont jamais responsables !) Je constate qu'il faut toujours essayer d'avancer avec le plus de parties possibles, ne laisser aucune association sur la touche, au risque de créer des incidents diplomatiques comme cela m'est arrivé cette semaine.
Il y aurait une étude intéressante à faire sur la place de femmes dans la société palestinienne. Elles sont très actives, mais cela me fait penser aux petits bonhommes qui pédalent dans la soute sans jamais voir le soleil !
Je dois encore prendre contact avec mes amis de Yatta, c'est un peu difficile car si le village n'est qu'à 15 kms, les conditions de circulation ne sont jamais complètement garanties, et il n'est jamais certain que l'on puisse revenir quand on le désire.
La vieille ville est toujours sous haute surveillance (compte tenu du désert humain, l'armée finira par se surveiller elle-même).

Elle a installé des tourniquets dans le couloir qui mène à la mosquée, une provocation de plus. Comble de la situation, cet après-midi c'est un personnel du TIPH qui était coincé dedans! (le TIPH est une force internationale gouvernementale chargée de surveiller (sans intervention) les agissements de l'armée israélienne)). Comme aucun gouvernement n'intervient réellement, cela fait plus de 10 ans qu'il observe !!! Dans 10 ans, il n'y aura pus rien à observer, l'armée et les colons auront peut-être eu raison des palestiniens.

6 mai


Dernier carnet avant le retour. Demain, il faut se préparer à vivre la dernière épreuve du pays : l'aéroport. Nos bagages recèlent bien sûr de beaucoup trop d'objets indiquant clairement notre provenance. Comme nous partons à 5h du matin, nous prévoyons d'être à l'aéroport à 2h; je pense que le retour va être physiquement un peu difficile.
Mais le souvenir de notre stage et du travail des stagiaires effacera rapidement ce mauvais moment. Cette dernière journée a permis aux stagiaires de se confronter à la pratique; elles ont préparé et encadré un cours avec une classe de petites filles de 8-9 ans (40 élèves). Si les jeux n'étaient pas toujours très actifs, cette séquence a permis une bonne discussion pour définir quelques critères pour préparer des séquences avec des élèves en n'oubliant jamais ce à quoi on veut les faire jouer et pourquoi. Nous avons pu noter une plus grande liberté des filles du nord (Tulkarem et Jenine). Nous n'avons pas hésité à leur proposer des « devoirs de vacances » pour préparer le stage que nous co-animerons cet été avec elles pour leurs jeunes leaders des camps d'été. Je vous rappelle que pour le ministère des sports, la présence des filles du Nord est une réussite en soi. C'est difficile à comprendre pour nous, mais les conditions liées à l'occupation et qui entravent les déplacements, les conditions d'organisation de l'Etat qui n'a pas de continuité, et donc ne permettent pas de coopération entre les villes et les différents ministères, entraînent d'énormes difficultés de relation entre les palestiniens eux-mêmes. Les filles du Nord nous disaient préférer revenir cet été à Hébron plutôt que de rester à Jénine ou Tulkarem. Elles nous ont dit également qu'il ne fallait pas s'inquiéter pour leur retour, quand on habite dans un camp à Jénine, on n'a plus jamais peur !
Ces 5 journées se sont suivies avec une constante : la course contre le temps… nous avons passé la soirée chez le responsable local du Fatah. Soirée gaie où pour la première fois, la femme était à table avec nous et le mari debout derrière. Donc, à tous les stagiaires du DIU (et leurs profs), gardez espoir, on n'attendra peut-être pas 1000 ans!
Cette semaine m'a vraiment intéressée. Notre projet prend une belle vitesse de croisière. Le TIPH (Temporary International Presence Hebron), collectif international chargé d'observer les agissements de l'armée et des colons, acceptent de financer tout notre matériel sportif pour nos stages de cet été. Le centre de ressource d'éducation de Ramallah était également présent.
Nous avons mieux ciblé le contenu du travail, et mieux assuré la cohérence.
Nina

 

 

 
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