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PROJET HEBRON
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Notre séjour de février avait pour but d’organiser les stages de formation d’animateurs sportifs qui auront lieu en juillet. J’ai eu l’occasion de visiter 8 écoles publiques à Hébron (5 écoles de garçons, 3 écoles de filles), échangé avec une élève francophone d’une école privée et interrogé un Directeur d’école privée (catholique) à Jérusalem-Est.
Le but était d’avoir une vision la plus juste possible de la situation de l’EPS à Hébron de façon à orienter les contenus de la formation des leaders et des formateurs palestiniens lors de nos stages d’été. Les leaders que nous formons pour les camps d’été sont les élèves de collège, ils vivent une certaine forme d’EPS qui influencera obligatoirement leurs animations. Les formateurs et formatrices palestinien-nes sont pour beaucoup des enseignant-es d’EPS et si nous voulons vraiment avoir une coopération avec eux, il est nécessaire de connaître leurs représentations des APS et de l’enseignement/apprentissage.
A Hébron, comme en Palestine, la quasi-totalité des enfants sont scolarisés, les filles comme les gars (ce qui n'est pas le cas des autres pays arabes). La plupart des écoles sont publiques mais depuis plusieurs années à Hébron, les écoles religieuses ont multiplié leur chiffre par deux.
Je ne parle ici que des écoles publiques que j’ai visité avec deux « supervisor » (inspecteurs homme et femme), qui sont très attachés à l’enseignement de l’EPS, malgré des situations très difficiles.
Il y a beaucoup de disparités entre écoles liées aux subventions internationales (telle est école rénovée, telle autre pas du tout) ou aux situations sociales (quartier pauvre = impossible que les parents payent quoi que ce soit).
Dans beaucoup d'écoles, les élèves portent l'uniforme. Dans les écoles riches il y a aussi un uniforme en EPS (survêtement + casquette).
Pour l’EPS, cela va de bonnes installations sportives (un plateau sportif + une salle fermée avec quelque matériel) à rien du tout ( un terrain vague où il est impossible de faire quoi que ce soit sans danger). Il y a souvent un plateau bitumé avec quelques tracés, poteaux et buts.
J'ai vu un collège ressemblant à nos collèges (assez grand espace, 30 élèves par classe...), un autre avec des classes très chargées (45-50 élèves par classe) et une école où les enfants étaient 24 dans un espace minuscule d’environ 5 x 5 mètres.
Là où les écoles manquent (quand il y a énormément d’enfants ou quand l’armée israélienne a réquisitionné les écoles) il y a 2 « tournées » : un groupe le matin de 7h à 12h et un autre l’après midi de 13h à 18h. Dans ce cas il y a 2 directeurs différents et 2 équipes de profs différentes. Ce n est pas la majorité des cas à Hébron. Environ 30 écoles sur 180.
La scolarité
Il n'y a pas d école maternelle ; les crèches et les jardins d’enfants (à partir de 4ans ½) existent en très petit nombre (toujours privées, très chères) ; l’école obligatoire comme à 6ans ½.
L'Ecole primaire dure 7 ans (de 6 ans à 12 ans) (c’est l’équivalent du CP à la 6è en France)
Les élèves ont 35 périodes par semaine de 45 mn (en CP) , quelquefois 40 en CM
Exemple en CM2 : 9 arabe; 5 maths; 5 anglais; 2 religion; 2 EPS; 2 art; 4 sciences; 3HG
Au Collège (de 12 ans à 16 ans) (qui correspond à 5è - 1ère) ils ont 40 -45 périodes par semaine.
A l’école primaire, l’enseignement se fait par des instit polyvalents pour les 4 premières classes (CP, CE1, CE2, CM1). Il y a 2 séquences d’EPS de 45 minutes par semaine mais celle-ci est souvent très mal enseignée voire pas enseignée du tout. Elle se limite à des petits jeux type foulards, jeux chantés. Les enseignants n’ont pas de formation, exceptée de la formation continue sur leur temps libre.
Dans les 3 classes suivantes du primaire ; les enseignants sont bivalents et peuvent enseigner l'EPS.
Cependant l'EPS est souvent la discipline qui « complète » l’emploi du temps du prof qui n’est pas spécialiste (ex : 15 h de maths, 5 h d'EPS) ; dans ce cas, elle est mal enseignée. La volonté du ministère est de mettre un enseignant spécialisé dans toutes les écoles. Dans ce cas, c'est un éducateur sportif forme à Bac+2 dans un institut spécialisé.
Remarque : à l'école privée de Jérusalem, le Directeur et son équipe étaient au départ de fervents défenseurs de la polyvalence (par choix pédagogique) pour l'EPS et les Arts, mais ils constatent au bout de plusieurs années que, malgré la formation, l'incitation, cela ne marche pas. Ils développent des enseignants spécialistes pour ces disciplines.
Pour le collège, il y a 1 période d EPS par semaine. C’est toujours un « spécialiste » qui enseigne : cela peut être un « vrai » prof d'EPS (c’est à dire formé à Bac+4 à l'université) . les profs font 4 ans d'études appelées « general education » (pour tous les enseignants de collège) avec une spécialisation de 2 ans (intégrée dans ces 4 ans).
Lorsqu’il n’y a pas de prof d’EPS, c’est un prof d’une autre discipline « qui aime le sport » qui peut compléter son emploi du temps. Sinon, c’est au moins un éducateur sportif (Bac+2).
A la question, pourquoi les élèves n'ont ils pas plus d'EPS ? la réponse est : cela coûte très cher en profs.
Un prof fait 25 périodes par semaine, il est payé environ 1500 shekels en primaire (300 euros) ; la responsable au MJS 2000 shekels (400 euros). Ils ne sont pas payés pendant les vacances.
J'ai effectué des visites dans les écoles avec deux « supervisors ». L’existence même de ces supervisors montre l’importance que l’institution palestinienne accorde à l’EPS. Ils remplissent chacun 3 fonctions différentes :
- la fonction d'un inspecteur (évaluation)
- la fonction de formateur (stage de Formation Continue en semaine ou pendant les vacances, écriture de manuels scolaires)
- la fonction correspondant en France à un responsable UNSS : développement su sport scolaire ; organisation de rencontres sportives inter écoles ; régionales et nationales)
Un supervisor gagne 3000 shekels (600 euros). Ce sont des métiers très mal payés.
Les profs d'EPS font tous du sport scolaire bénévolement, cela peut se prolonger dans un club.
Dans une des écoles de filles, les enseignantes sont allés chercher spécialement pour moi des enfants gymnastes qui m'ont fait une démonstration. En plus de leurs 2 périodes d'EPS, elles s'entraînaient 1 fois par jour dans le club (avec leur prof d'EPS).
Dans un lycée de garçons et un collège de filles, les directeurs et directrices ont beaucoup insisté sur les coupes gagnées lors des rencontres sportives. Le sport scolaire joue incontestablement un rôle de lien social et national dans ce pays complètement éclaté où les moyens de communication sont très difficiles.
Le sport des filles
C’est l’EPS a l’école qui constitue leur pratique. Seules quelques unes font du sport après. Pour des raisons religieuses et de manque d’installations (les filles doivent obligatoirement faire du sport à l’abri du regard des hommes, donc dans une cour fermée ou un gymnase) mais aussi pour des raisons liées à l’occupation : si une fille fait du sport , elle va rentrer après les autres, seule, et la peur des soldats les en empêche.
Cependant, le sport des filles fait l’objet d’un nouveau regard de la population. Une journée de la femme sportive venait d’avoir lieu en février et avait eu un franc succès.
Le contenu de l'EPS
L’EPS fait référence aux APS. Au collège, les APS les plus enseignées sont les sports co (FB ; BB ; HB ;VB) ; le badminton, tennis de table ; l'athlétisme et la gymnastique. La danse traditionnelle est obligatoire pour les filles ; elle se fait l'hiver à l'intérieur.
La danse contemporaine est absente. Lors du stage de juillet 2004, les leaders avaient vécu avec nous, pour la première fois, des activités d’expression.
Les séances que j’ai vues se ressemblaient toutes. On peut les qualifier « années 60 » avec nos repères français : beaucoup d’exercices et quasiment pas de jeu, une approche techniciste avec des exercices déconnectés du problème du jeu, des élèves qui ont peu d’activité effective et qui attendent longtemps que l’enseignant-e donne ses explications techniques, une « tenue » de séance très cadrée en vague, en cercle, qui se justifie par un nombre d’élèves importants (jusqu’à 45) mais aussi par un développement de rituels traditionnels (quasi militaire pour mes yeux de soixante-huitarde !) mais qui participent à la nécessité de sceller l’unité d’une nation reniée.
Cela ne veut pas dire que ce n’est pas sérieux, au contraire. J’ai vu une préparation écrite d’une séance digne d’un PLC2 motivé ! Le cadre général pour la séance d'EPS (aussi bien pour les garçons que pour les filles) est « formaté » et les enseignants l’appliquent presque à la lettre (certes, j’ai effectué la visite avec un inspecteur, ce qui peut modifier le quotidien… mais les enseignants n’étaient pas prévenu de cette visite !)
Le cadre proposé par le manuel est celui que j’ai vu dans les 4 séances observées :
7 mn : Echauffement (course) et mouvements en vague.
8 mn : Exercices (éducation posturale ; en rapport avec l'objet d'étude)
25 mn : enseignement ( explication technique à propos du dribble ou de la passe haute) et jeu
5 mn : Retour au calme
La phase la plus active pour les élèves est sans doute l’échauffement.
Les exercices avaient peu de rapport avec l’objet d’étude, ou un rapport formel :
- séance « Poirier » : 2 exercices de placement de dos (accroupi, avoir dos droit et se pencher en avant jambes tendues, dos droit)
- séance BB : abdominaux
- autre séance de BB : des petits jeux (qui m’ont été présentés comme une pratique originale). Ex : en file indienne, faire passer le ballon sous les jambes puis au dessus de la tête le plus vite possible
- séance de VB : nombreux ateliers avec milieu aménagé (école riche) : bancs pour faire rouler les ballons dessus, déplacements à vide dans un espace de 5x5, fentes en avant, sur le coté (sans ballon) pour travailler la manchette, saut à la corde, lancer de balle dans des cerceaux au sol. Tous ces ateliers étaient conçus en rapport avec le VB, rapport nettement plus formel que fonctionnel.
Dans les 4 leçons observées, j’ai vu le même scénario : les élèves sont devant le prof (bien rangés), celui-ci donne une explication orale + démonstration, ensuite il appelle un élève qui vient monter (beaucoup d’élèves lèvent la main pour être choisis), le prof le corrige, il appelle si besoin un 2è élève, ensuite toute la classe fait l’exercice .
Pour la leçon sur le poirier, il n’y avait que 2 tapis, les élèves sont passés un par un …2 fois en tout.
Au VB : le geste des passes sans ballon, puis avec ballon, puis 2 par deux face à face.
Au BB : des tirs au panier en ateliers : 5 élèves tenaient un cerceau qui faisaient office de panier et les autres tiraient.
Au BB (autre séance) : dribble en marchant, dribble en courant, puis en marchant autour de plots, en courant. Puis, dribble en avançant, venir mettre le pied gauche dans le cerceau et lancer devant soi.
J’ai déjà vu ce type de séance chez des PLC2 en France, il ne s’agit donc pas de se moquer ! Ces séances sont en totale cohérence avec la conception de l’activité, de l’apprentissage (du simple au complexe) et de l’éducation (ordre, discipline). Ce qui m’a surprise, c’est la conviction des inspecteurs du bien fondé de ces exercices, alors qu’ils reconnaissent volontiers que les élèves ont peu d’activité physique effective.
Les manuels qu’ils conçoivent préconisent : en CM2 la passe, en 6è le service, en 5è la manchette, en 4è : des échanges dans son camp, etc…L’élève (d’une école privée) que j’ai interrogée m’a dit que sa prof ne suivait pas le manuel : « le dribble on sait le faire depuis le CM , elle nous fait faire autre chose qui correspond à nos possibilités ».
Dans quelle mesure, les profs s’autorisent-ils un décalage avec les textes ? il faudrait les rencontrer sans inspecteur pour le savoir !
Pour le jeu à la fin de la séance : il dure très peu de temps, 5mn de jeu au BB (10 joueuses sans dossards, 22 qui « observent ») , 5mn de VB 6 contre 6. Deux classes n’ont pas eu le temps de jouer. Une classe n’a pas eu le temps de faire le retour au calme.
Avec de telles séances, j’ai moins été étonnée quand j’ai demandé à des jeunes filles tout juste sorties du collège ce qu’elles pensaient de l’EPS : « c’est bien mais une période de 45 mn, ça suffit !».
J’ai aussi compris pourquoi on m’avait dit que l’EPS était difficile en hiver (il faisait 20° en mars, quand il neigeait chez nous). La quantité d’exercice physique est effectivement très faible dans une séance et pas compatible avec un temps frais.
Ces visites ont confirmées nos choix pour les stages d’été. Nous travaillons avec eux sur une conception totalement différente : « on entre par le jeu, tout le monde joue et continue de jouer ».
Nos contenus sont, bien qu’étant en rupture avec ce qu’ils ont vécu, sont bien accueillis parce que leur souci d’éducation est réel et les rend ouverts à des propositions alternatives. Les animatrices de juillet dernier que nous avons réunies pour préparer le stage de 2è niveau nous ont dit :
-« on fait des nouvelles activités, les activités d’expression, c’est très utile quand il fait très chaud, on peut être dedans, dans une petit pièce »
- « on fait jouer beaucoup d’enfants ensemble »
- « on fait des groupes, c’est vraiment plus amusant, c’est vraiment différent d’avant »
- « on se donne le droit de changer les règles du jeu, c’est mieux si les enfants ne sont pas forts »
Cela nous encourage à continuer …Tout cela débouchera sur un diplôme franco-palestinien (Consulat, FSGT, Ministère des sports palestinien).
Tous les collègues intéressés pour travailler avec la FSGT et le Centre EPS sur ce projet peuvent nous contacter.
Claire
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