ACTION SYNDICALE ET HISTOIRE DE L’EPS

1969-2000 : L’ACTION DU SNEP : QUELLE COHERENCE PEDAGOGIQUE ET POLITIQUE ?

Jacques Rouyer, président d’EPS&SOCIETE
Secrétaire général du SNEP de 1979 à 1997


PREAMBULE : Vous avez dit politique ?

L’analyse de l’action du SNEP n’a de sens et d’intérêt que rapportée à l’Histoire globale de l’EPS dont elle constitue sans aucun doute une composante importante ; et cette histoire doit elle-même être conçue comme une histoire « politique » au sens noble du mot, c’est à dire, capable de situer les enjeux de l’EPS dans la vie de la Cité et ne pas se limiter au seul débat pédagogique interne de la profession, ce qui entraîne souvent de nombreux contresens.
A contrario, l’approche « politique » ne saurait se réduire non plus à une reconstruction hasardeuse et déductive de l’Histoire (la petite histoire ?) à partir de l’engagement politique réel ou supposé des responsables syndicaux. En revanche, sans ignorer ce paramètre et ses interférences, elle doit d’abord rendre intelligible la dynamique principale de cette histoire dont l’enjeu fut pour l’essentiel et pour le Second Degré : démocratisation d’une EPS à contenu culturel ambitieux dans l’école, ou pénurie assortie souvent de divers expédients extrascolaires.
Signalons une autre interférence plus sérieuse qui mériterait développement et qui concerne l’implication du SNEP dans les actions sur les questions globales de l’école, de la fonction publique, et autres enjeux sociaux, ceci compliqué par les divergences d’orientation dans le syndicalisme enseignant comme dans l’ensemble du syndicalisme français.

• Deux politiques opposées
Oui, deux visions d’une politique de l’EPS se sont bien affrontées avec des variantes selon les périodes. Soulignons, du côté des pouvoirs publics et malgré de rares exceptions, la constance dans l’utilisation d’une panoplie sommaire de « recettes de gestion de la pénurie » : mise en cause des horaires, des moyens du sport scolaire, de la quantité et qualité des recrutements, solutions extrascolaires, faiblesse des contenus, pauvreté des équipements. Ces politiques témoignent d’un fait de civilisation : une EPS encore traitée comme un luxe éducatif ! Et pourtant, par comparaison avec d’autres modèles nationaux, on peut presque parler d’une « exception française » positive.
Enfin, donner une explication « politique » à l’histoire de l’EPS c’est aussi montrer que tous les évènements « EPS » ont été les produits du rapport de force existant à un moment donné entre ces deux volontés politiques et leurs moyens de pression respectifs, le résultat pouvant être immédiat ou différé dans le temps.
C’est une problématique qui, curieusement, gêne encore malgré les évidences et qui pour certains, relève d’un « a priori idéologique », voire du fantasme honni de la « lutte de classes » !
Il faut souligner de surcroît dans le cas qui nous intéresse, que ce rapport de force a mis en jeu, non des appareils de sommet ou des tractations de couloirs mais d’un côté, une profession - non homogène mais assez bien organisée, avec des alliances variables - et de l’autre, les pouvoirs publics, avec des succès et des échecs des deux côtés.

• Un « fait professionnel » remarquable
L’hypothèse que nous voulons développer, c’est celle d’une profonde continuité d’orientation syndicale de 1969 à 2000 - non sans erreurs ni faiblesses - qui n’a fait que refléter la volonté largement majoritaire de la profession, sans oublier ni le pluralisme interne au SNEP, ni le pluralisme externe de la profession avec ses autres organisations syndicales et pédagogiques. Mais il faut quand même tenir compte des nombreux indicateurs de représentativité, de syndicalisation, de « rayonnement » (colloques, livres) pour une profession qui a plus que doublé en 30 ans.
Le SNEP est passé de 5600 syndiqués en 1971 à 11 000 en 1999 sur fond d’affaiblissement du syndicalisme enseignant ; aux élections professionnelles officielles, il recueille, pour les professeurs, 86% en 1971 et 81% en 1999 (et 18 000 voix toutes catégories confondues : professeurs agrégés et chargés d’enseignement).
Ainsi, reconnaître et rétablir le rôle de la profession et son rapport au syndicat, c’est un peu remettre l’histoire sur ses pieds. Des thèses actuellement en préparation s’intéressent heureusement à cette dimension de notre histoire. Enfin il faut tenir compte de la présence du SNEEPS, syndicat des maîtres d’EPS, certes moins nombreux, mais dont la stratégie corporatiste a souvent compliqué les choses jusqu’en 1993.
Ce qui caractérise selon nous l’ orientation majoritaire du SNEP, c’est la volonté de cohérence entre des exigences ambitieuses de contenu pédagogique lié aux pratiques, et une visée culturelle, sociale et politique progressiste pour L’Ecole et la société : c’est cela qui a permis une stratégie professionnelle et syndicale durable, inséparable d’une stratégie d’alliances large ( parents, élus, sportifs, etc.). Son sens profond : une certaine idée du professeur d’EPS comme militant culturel et comme citoyen.
Pourtant, des années 60 au débat récent sur les Programmes, elle a été parfois incomprise ou déformée.

• Trois courants pédagogiques et politiques
C’est pourquoi il nous semble indispensable de proposer maintenant une sorte de grille de lecture mettant en évidence la réalité des 3 courants d’idées qui ont animé notre histoire et dans laquelle le SNEP a été conduit à mener une stratégie de lutte sur 2 fronts.
Ensuite nous exposerons les conditions d’émergence de cette orientation et sa concrétisation dans quelques étapes significatives : les CAS et la loi Mazeaud, le plan Soisson, le rattachement à l’EN, les années difficiles de 1983, 1989, les épisodes des 4 heures 6è et des Programmes collèges.

La plupart des Histoires de l’EPS reposent sur ce schéma réducteur : l’opposition entre un « courant sportif » et un « courant pédagogique », comme si le débat ne se passait qu’entre enseignants. Cette vision posée « a priori » est inexacte et rend inintelligible de nombreux évènements .
En réalité, si on n’oublie pas les politiques gouvernementales et les idées dominantes, il y a eu, en simplifiant, trois orientations idéologiques et pratiques pour l’EPS :

1. le courant « animation sportive » - avec ses dérives technicistes, élitistes, libérales et qui illustre la confusion EP/Sport ;
2. le courant pour un enseignement sportif humaniste ou plus largement, pour une EPS à contenu culturel et social dont les racines ont été évoquées précédemment et qui a appelé l’élaboration de contenus didactiques et pédagogiques pertinents ;
3. un courant formaliste ou généraliste, et /ou antisportif, soucieux également de fondements scientifiques, courant qui prend le relais d’une tradition médicale auparavant militaire.

Soulignons que les deux derniers courants, opposés entre eux, ont été heureusement alliés contre le premier, tout en s’enrichissant mutuellement. Pourtant, certains «historiens », tenants du troisième courant, ont fait régulièrement, de bonne ou de mauvaise foi, l’amalgame entre les 2 premiers courants en les confondant sous l’appellation contestable de « courant sportif », ce qui entraîne de sérieux contresens.

Ces 3 courants correspondent d’ailleurs à 3 conceptions du sport :

1. pour le sport tel qu’il est, avec l’idée que cela se pratique et ne s’enseigne pas, donc à la fois luxe social, diversion, moyen de sélection, objet de commerce ;
2. pour une approche critique et contradictoire du sport comme objet culturel et social et, à cette condition, objet d’enseignement et d’apprentissage, en cohérence avec un projet de transformation sociale. Cette approche est également pertinente pour les pratiques de Danse dans le cadre d’une vision élargie du rapport éducation/culture physique contemporaine ;
3. globalement contre le sport et pour d’autres pratiques corporelles.

Avançons une réflexion peut-être prématurée. Sous la tutelle JS, l’opposition du deuxième courant ne s’est-elle pas principalement exercée contre le premier, alors que dans le cadre de l’EN, elle s’est surtout exprimée contre le troisième ? A voir !

I - COMPRENDRE 1969 : Pourquoi cette nouvelle majorité au Syndicat des professeurs d’EPS ?

Comprendre 1969, c’est faire la part de la continuité et de la rupture.
Le changement de majorité syndicale au SNEP est-il seulement la défaite de la direction précédente qui aurait fait des erreurs ? C’est un peu court. Cela n’a t-il pas été préparé en amont ? et par quel mouvement profond ?

• Les racines lointaines de 1969
Elles peuvent être résumées en 3 dates : 1936-1945-1958.
Les acquis du Front Populaire (congés payés, loisirs, idées de Léo Lagrange), puis l’élan de la Libération (programme du Conseil national de la Résistance, plan Langevin-Wallon ) ont popularisé de nouvelles exigences démocratiques pour L’Education et la culture.
C’est la conjonction de ce mouvement social et politique progressiste assez fort et de la relative popularisation du sport qui va conduire dans la même période - chez les enseignants d’EPS notamment - à la formation de l’idée « d’éducation sportive » ou de « sport éducatif ». Cette idée est née en cohérence avec l’utopie culturelle et sociale d’un sport humaniste, y compris avec les illusions de l’époque sur les pays socialistes ( idées de Maurice Baquet, de Joffre Dumazedier avec Peuple et Culture). Ce courant se développe en s’affirmant à la fois, contre les idées dominantes sur le sport (activité de diversion sociale et source de profit) et contre les conceptions militaires, « naturelles », médicales ou généralistes (Seurin) de l’EP.
De son côté, à partir de 1958, la politique de Maurice Herzog, nouveau Haut Commissaire à la Jeunesse et aux Sports, va prendre en compte ce besoin social « sportif » et manifester une volonté d’Etat de promouvoir une initiation sportive pour la jeunesse assortie de préoccupations élitistes, ce qui provoque les méfiances pédagogiques et politiques justifiées des enseignants. Herzog avait un très lourd handicap malgré son prestige sportif : un gouvernement issu d’un coup d’état, un haut commissariat signifiant le non rattachement à l’EN suspect de vouloir embrigader la jeunesse, une guerre d’Algérie qui va encore durer 4 ans ( comment peut-on l’oublier alors qu’elle a concerné des centaines de professeurs et d’étudiants et qu’elle explique l’engagement politique de beaucoup ?).
C’est pourtant dans ce contexte que vont continuer à se construire surtout dans les pratiques, non sans tâtonnement et empirisme, les premiers contenus d’un enseignement sportif à vocation éducative, ce qui est effectivement porteur d’une rupture de sens et de contenu pour l’idée même d’Education physique. Leboulch, notamment défendra une autre cohérence, avec la psychocinétique.
Ainsi, le ciment identitaire d’une partie majoritaire de la profession va se former par fusion d’exigences éducatives et scientifiques et de convictions sur la valeur culturelle possible des « APSE » (Activités Physiques Sportives et d’Expresion), le tout s’inscrivant dans des perspectives sociales et politiques démocratiques.
C’est donc, pour les professeurs d’EPS, la rencontre historique entre Education et culture sportive qui est à ce moment capitale et non le contexte conjoncturel « gaulliste » ni même la présence active des militants communistes.

• Les racines proches de 1969
Les années 60 vont être des années de mûrissement pour la profession dans le prolongement du mouvement d’idées précédent. C’est ce mouvement qui va devenir majoritaire dans le SNEP comme l’a bien souligné C-M Prévost (Dossier EPS n°15, p 393) et qui va s’exprimer clairement dans la motion pédagogique de la liste « Unité et Action » rédigée pour le congrès 1969 (bulletin SNEP 128 - mars 1969)
Ce sont en effet des années d’effervescence pédagogique et politique : expérience du lycée de Corbeil, rayonnement des ENSEPS, mouvement des Républiques des Sports parti de Calais, stages de Sète avec la FSGT, renouvellement des conceptions de l’entraînement sportif, stage de sport-co de l’Amicale de l’ENSEP… Les I.O de 1967 vont plus ou moins bien entériner ce mouvement, au prix de quelques compromis conceptuels, mais en posant pour la première fois au plan politique la question capitale et nouvelle du droit d’accès de tous, par le système éducatif public, au domaine de culture des Activités physiques sportives et d’expression.
Ainsi, en décembre 1968, à l’initiative du SNEP de l’époque (Claude Pineau était secrétaire pédagogique) se tiennent les premiers « Etats Généraux de l’EP et du Sport éducatif », titre significatif !
Concernant le SNEP d’autres facteurs vont peser : l’unité qui se développe dans la puissante FEN - à laquelle le SNEP est affilié - contre le pouvoir personnel du Général de Gaulle, contre le terrorisme de l’OAS contre les atteintes à la laïcité, va favoriser l’union des deux principaux courants du SNEP de 1963 à 1967, et encourager un syndicalisme unitaire.
Pendant toutes ces années, il faut citer le rôle méconnu de militants comme Jean Guimier (représentant « Sport libre » dans la Résistance) qui a défendu l’idée neuve d’un syndicat d’action collective pour promouvoir l’EPS et qui a donné ses lettres de noblesse à l’action pour une politique d’ Equipements sportifs modernes, adaptés pour l’école.

• 1968
Enfin, en 1968, c’est la grande révolte sociale et universitaire qui relance fortement les exigences d’éducation et de culture. L’intégration universitaire des formations APS-EPS y trouve son point de départ avec la loi d’Orientation Edgar Faure, les 5 heures d’EPS sont réaffirmées. (a-t-on raté l’intégration à l’EN ?). Le syndicalisme enseignant est secoué, son « réformisme » gestionnaire est contesté. Mais la droite se réinstalle au pouvoir, avec Jacques Chaban-Delmas comme premier ministre.

• 1967+1968=1969 ?
C’est donc l’ensemble de ces données pédagogiques, syndicales, politiques qui, en Mai 1969, va conduire dans le SNEP (4500 syndiqués sur 7000, 90 % aux élections professionnelles) à l’élection de justesse d’une nouvelle direction « Unité et Action » avec Marcel Berge comme Secrétaire général, sur une liste ou figurent notamment R. Mérand, R. Deleplace, P. Goirand, A. Davisse. A partir de 1969, l’influence de UA va progresser régulièrement.

La différence avec UID (Unité, Indépendance, Démocratie, courant de la majorité « Autonome » de la FEN) s’est faite sur la cohérence entre objectifs pour l’EPS, style d’action syndicale collectif et revendication de changement social, même s’il y avait des convergences au plan pédagogique avec une partie de ses militants. L’ancienne direction a t-elle payé un style d’action bureaucratique ? le « préjugé favorable » imprudent décerné en 1958 à Maurice Herzog ? des faiblesses vis à vis de la guerre d’Algérie ? Philippe Néaumet, dont l’attachement à la profession a été incontestable, avait-il cherché à être cohérent avec son engagement à la SFIO, laquelle avait soutenu de Gaulle en 1958, contrairement à la direction de la FEN ? Le courant UID ou autonome va rapidement régresser après une tentative de scission avortée.
De son côté, en 1969, un autre courant comptant 14% des suffrages défendait une autre cohérence en s’opposant aux IO de 1967 et à l’attitude « collaborationniste »du syndicat, c’était la tendance du Manifeste qui a réuni un temps, Brohm, Leboulch, Personne avant de se diviser.

• Aboutissement et…. Point de départ
Mais, 1969 c’est aussi une rupture politique pour l’EPS, le style Herzog fait place au style plus vindicatif de Joseph Comiti. La suppression des ENSEPS, « foyers de subversion »selon le ministre, va symboliser cette rupture.

II – 1969 : DEBUT D’UN BRAS DE FER DE DOUZE ANS

• Une première grève
Fin 1969…La pression « post-1968 » conduit à réaffirmer les 5 h (« Nous n’en démordrons pas » proclame le Premier ministre Chaban-Delmas )…ce qui suppose de doubler les enseignants d’EPS. 1100 postes sont quand même offerts au CAPEPS 69.
Mais « Comment se sortir des 5 heures ?» se demande le ministre fin 1969.
A partir d’un budget en régression (0,65% du budget de l’état), Comiti décide comme priorité : 3 h collège et 2 h lycée, ce qui entraîne une vaste opération autoritaire de transferts de postes. Des projets d’animateurs à l’école et de Carrefours Sportifs, structures mixtes extrascolaires, sont avancés, c’est la première concrétisation du courant « animation ». Enfin, pour récupérer des heures, l’animation de l’Association sportive incluse pour 3 heures dans le service est proposée en vacations (donc bien avant les CAS !)
Dès juin 1969, les ENSEPS ( 450 traitements, un foyer de « subversion » !) avaient été liquidées pour créer un établissement national non universitaire.
Tout cela va fonder, le 10 mars 1970, la réussite de la première grève de la profession à l’appel du SNEP seul, grève qui bénéficiera d’un grand retentissement national et qui a permis d’afficher explicitement les exigences suivantes : rattachement de l’EPS à l’EN, recrutement de 2500 professeurs, refus des animateurs à l’école, maintien des ENSEPS, sauvegarde des moyens du sport scolaire et programme d’équipements sportifs ; donc, opposition globale sur une politique de l’EPS et concrétisation d’une stratégie syndicale élémentaire… La suggestion selon laquelle le SNEP refusait le dialogue pour « a priori politique » ne peut que faire sourire !

• Une grande alliance
Les 23 et 24 mai 1970 se tiennent à Paris les Assises de l’EPS, du Sport et des activités de pleine nature, avec près de 700 délégués. Ce sont de véritables Etats Généraux qui donnent l’idée du rapport d’influence(s) existant dans la société française sur ces enjeux. On peut y voir un fait de civilisation nouveau et important.
C’est en effet la 1ére concrétisation exemplaire et originale d’une vaste alliance unitaire et sans confusion pour le développement de l’EPS à l’école mais aussi pour la démocratisation des Activités sportives et de pleine nature : 300 assises locales, 40 organisations nationales ( parents d’élèves, OMS, collectivités locales, médecins, FSGT, syndicats, mouvement laïque et d’Education Populaire et de Jeunesse et très peu de Fédérations sportives…) .Le Snep en a été un des éléments moteurs. Cet évènement pèsera à l’évidence pour les CAPEPS 1971 et 1972 qui bénéficieront de 1030, puis de 1050 postes. Une troisième loi programme pour les équipements sportifs sera votée en 1971.
Un Comité pour le « doublement » du budget J-S va naître de ces Assises. Il va être à l’origine dans les années suivantes de plusieurs manifestations unitaires marquantes (10000 manifestants le 8 juin 1972, à Paris). Très logiquement, les militants du courant minoritaire du SNEP proche du 3è courant évoqué initialement vont contester cette alliance parce qu’elle demande aussi des crédits pour le sport.
Pourtant les Assises vont reprendre les principales revendications du SNEP et notamment le rattachement à l’EN, un recrutement accru de professeurs avec une formation universitaire et le refus d’animateurs à l’école.
Ceci contribuera fortement à l’intégration de ces exigences dans le Programme Commun des partis de gauche signé en 1972, exigences qui seront maintenues fort utilement jusqu’en 1981 dans les programmes de la Gauche.
Ces assises sont souvent oubliées, peut-être parce qu’elles contredisent le schéma d’une stratégie partisane du SNEP ?

III - L’OPPOSITION AUX CENTRES D’ANIMATION SPORTIVE ET A LA LOI MAZEAUD

• 1972 : l’invention des CAS
Avec la circulaire du 1er juillet 1972 signée J.Comiti, il s’agit d’une nouvelle tentative de réponse politique et pédagogique à la question d’une certaine démocratisation de l’EPS.
L’objectif rappelé des 5 heures gêne les consciences gouvernementales alors que la moyenne globale du second degré stagne, vu l’expansion du 1er cycle, autour de 2 h hebdomadaires pour les 4 100 000 élèves du second degré.
Après une tentative d’augmentation des maxima de services et divers autres tâtonnements - projet d’implantation directe d’animateurs dans l’école, projet de « carrefour sportif » rassemblant école, clubs, municipalités, projet assez grossier de validation des pratiques en clubs au titre des horaires / élèves (circulaire du 9 septembre 71) -, le SEJS va élaborer, en passant par deux circulaires intermédiaires ( 25-11- 71, 24-04-72), un produit idéologiquement plus performant.
C‘est au nom d’une « nouvelle orientation de l’enseignement sportif » que l’on va inventer des « structures nouvelles », c’est à dire des structures administratives extrascolaires autour d’un équipement sportif pour permettre l’emploi d’animateurs ou de « moniteurs » sous le contrôle de professeurs affectés sur ces structures. On veut ainsi démultiplier l’encadrement, à moindre frais ; le maître deviendrait contremaître !
On veut aussi, au nom du libre choix des activités, opérer un glissement hypocrite entre l’obligatoire et le facultatif, voire porter atteinte à la gratuité scolaire.
Ce seront les Centres d’Animation Sportive - CAS - définis par la circulaire de juillet 72.
Une véritable bataille publique d’idées va être livrée contre l’EPS « ringarde », les APPN seront utilisées pour prouver qu’il faut « sortir » hors des murs de l’école. Une modification du CAPEPS sera même envisagée dans cette perspective.
On va théoriser l’animation sportive au nom de l’optionnel et du modernisme, ce qui séduit certains enseignants sensibles à la coupure avec le monde sportif et le syndicat des maîtres d’EPS à qui on proposera des contreparties corporatives.
Le SNEP, pour sa part, c’est l’essentiel de son congrès de 1972 à Orsay), va appeler dans une déclaration très travaillée, à relever le défi de la rénovation de l’EPS en construisant, notamment par une formation continue dynamique, des contenus culturels et éducatifs modernes, sans céder pour autant sur le caractère obligatoire de l’EPS pour tous et sur le cadre du service public scolaire. Il va donc s’opposer non sans débats difficiles au courant « sportif » officiel, comme à tout retour au formalisme et au conformisme scolaire ce qui confirme bien la réalité des 3 courants (le schéma avec un seul courant sportif rend cette épisode incompréhensible). La contradiction réelle du moment, qui provoquera quelques incompréhensions, était justement de promouvoir l’ouverture culturelle des contenus de l’EPS tout en refusant toute forme de déscolarisation. Il ne fallait pas confondre enjeu de contenu et enjeu institutionnel, à supposer qu’on puisse les dissocier même en refaisant l’histoire !
Le SNEP va alors organiser le boycott des CAS en appelant au refus d’être muté ou affecté sur un poste CAS et en exigeant la récupération des moyens attribués. Il fait partager progressivement son point de vue à plusieurs organisations du Comité pour le doublement du budget : les OMS, les parents d’élèves, les chefs d’établissements et la FEN après quelques flottements.
En avril 1973, le ministre comiti qui avait rêvé de mettre en place un millier de CAS,doit céder la place, plutôt découragé, à Pierre Mazeaud qui va poursuivre cette politique sans trop de conviction en l’intégrant dans le dispositif de sa loi. 350 CAS subsisteront en 74-75. En 3 ans cette politique des CAS, véritable tentative de déscolarisation de l’EPS, a été mise en échec. Mais, a t-on raté un compromis acceptable comme le suggèrent de bonnes âmes ?

• Une politique globale
Cette nouvelle politique peut-elle être séparée de la politique globale de l’EPS conduite simultanément par Comiti pour gérer la pénurie des moyens ? Ainsi les transferts de postes des lycées vers les collèges ont été poursuivis même si beaucoup ont été empêchés ou retardés, le recrutement des professeurs a été réduit en 1973 à 870 postes et celui des maîtres augmenté ; on crée même des professeurs de collèges bivalents avec l’accord du Syndicat des instituteurs. Enfin, on remet en cause le forfait de 3 h prévu dans le service pour l’animation du sport scolaire en proposant un système d’heures supplémentaires ce qui provoquera 2 très fortes grèves les 7 décembre 1972 et le 23 janvier 1973. Ce projet sera abandonné pour l’essentiel car le libre choix, confirmé par Pierre Mazeaud fin 73, sera laissé aux enseignants qui, à l’appel du syndicat, seront convaincus à 90 % de garder le forfait AS dans leur service.

• 1975 : l’opposition à la loi Mazeaud
L’article 3 de cette loi est un paquet-cadeau qui condense de façon étonnante toute une politique pour l’EPS, il stipule que
- « tout élève bénéficie d’une initiation sportive. »…et non d’EPS ;
- celle-ci est confiée aux établissements, aux AS, aux CAS, à des éducateurs sportifs et, (le comble) aux clubs sportifs privés habilités !
Mazeaud, intervenant dans le débat pédagogique, parlera même d’EP de base à l’école, pour mieux situer ailleurs l’initiation sportive. Belle perversité ! paradoxale confirmation de la problématique des trois courants.
De même, il distinguera subtilement le sport à l’école du sport des scolaires.
Le Ministre, qui a la mauvaise idée de faire un tour de France « d’explications » dans une série de villes de province, va provoquer une trentaine de manifestations d’étudiants, d’enseignants, mais aussi de sportifs qui exigent des postes et le retrait de sa loi. Le SNEP, diffuse à 120 000 exemplaires une plaquette « EPS, Luxe ou Nécessité ?» pour contester le projet de loi et le système des CAS . L’ensemble des organisations du Comité pour le doublement va exprimer une nette opposition, de même que certaines fédérations sportives inquiètes pour leur indépendance et sensibles à l’argument « mieux vaut un bon budget sans loi qu’une loi avec un mauvais budget ».
Le Conseil Supérieur de l’EN vote le 14 mars un avis négatif sur proposition du SNEP
Le 15 mai une grève unitaire et massive des enseignants d’EPS exige des postes et le retrait du projet de loi.
Le 19 mai, les étudiants récidivent en manifestant à Charléty au Championnat de France Universitaire, devant Mazeaud excédé .
Cette loi « d’abandon de l’EPS à l’Ecole » sera votée « à la sauvette » et par discipline en novembre 75 dans l’hostilité générale y compris à droite ( Herzog sera absent) et, pour l’EPS, elle sera en fait inappliquée. Elle survivra pourtant jusqu’en 1984.
Cette même année 1975, autre facette d’une politique régressive de l’EPS, le SEJS crée le professorat-adjoint, après négociation avec le SNEEPS et la FEN ( qui seront un certain temps favorable à la loi, ceci expliquent peut-être cela ?). Ce corps « à cheval » est destiné à L’Ecole et à l’extrascolaire avec l’objectif évident de concurrencer le professorat ( en 1976 il y a 497 postes au CAPEPS et 430 pour le professorat-adjoint). Le DEUG-STAPS est quand même créé la même année mais avec l’argument de favoriser des débouchés « hors enseignement ».

IV - UNE VRAIE REVOLTE CONTRE LE PLAN SOISSON
Cette fois, changement de politique pour l’EPS, les leçons des échecs des CAS et de la loi Mazeaud sont tirés. En 1977, les CAS sont fondus dans les SAS ( Service d’animation sportive) formule souple de transition vers l’extrascolaire traditionnel. Le recrutement des professeurs va être encore réduit.
Le ministre Soisson va alors essayer de faire face aux besoins et à la pression de l’opinion mais à partir d’un budget d’austérité renforcée et en choisissant le développement prioritaire de l’EPS scolaire car 38% des classes du Second degré ont encore moins de 2 heures par semaine.
Le plan de relance annoncé le 31 août 1978 à la direction du SNEP va consister à récupérer des heures d’enseignement par tous les moyens et de manière plutôt brutale :
- réduction par décret du forfait AS de 3 à 2 heures ;
- imposition de deux heures supplémentaires par enseignant ;
- récupération de 600 postes des services universitaires et extrascolaires et des centres d’EP spécialisée ;
- reprise des transferts autoritaires ;
- inscription de zéro poste de professeurs au projet de budget 79 et de 460 postes de PA (pour la 1ère fois le rapport des recrutements 79 sera inversé : 400 profs pour 485 PA.)
La stratégie du ministre va consister à isoler le SNEP et les professeurs d’EPS et à séduire tous les autres y compris les médias au nom de l’intérêt des élèves.
La réaction de rejet de ce plan perçu comme une véritable provocation par la profession sera à l’initiative du SNEP très forte et immédiate : grève le 21 septembre, puis manifestation nationale exceptionnelle le 13 octobre ( la moitié de la profession, les 2/3 des étudiants et le droit de s’expliquer en 1ère page du Monde, le 6 décembre 1978 !).
Les ressorts de la réaction de la profession ont été autant pédagogiques que corporatifs , c’est l’identité professionnelle qui a été touchée notamment avec la mise en cause du militantisme consacré au sport scolaire et la conscience qu’il y avait incitation hypocrite à l’abandon de l’association sportive. Enfin la méthode autoritaire a été très mal reçue.
Soisson va être mis en difficulté puisque le vote de son budget va être reporté du fait de la défection du RPR, principal groupe de la droite, et il devra annoncer la création de 300 postes de professeurs.
Mais Soisson va manœuvrer et refuser de négocier directement avec le SNEP. Il ne proposera qu’une grande discussion avec la FEN sur les rythmes scolaires. Le SNEP sera ainsi chapeauté par une FEN conciliante et avec la participation d’un SNEEPS hésitant et du syndicat des Instituteurs qui revendiquera des bivalents EPS en collèges.
Le SNEP cherchera à inscrire l’action dans la durée non sans débats difficiles avec les partisans de la grève illimitée et compte tenu des réactions sincères et passionnée de nombreux enseignants peu expérimentés en matière de lutte. Le Ministère fera même courir le bruit qu’il craignait la grève illimitée ; avec une évidente volonté provocatrice. Qui n’a pas rêvé de casser le syndicat ?
Le principe de grèves « reconductibles» par semaine sera inventé et choisi majoritairement dans le syndicat et celles-ci tiendront jusqu’au 1er trimestre 1979 avec de multiples manifestations.
Les professeurs d’EPS vont être soutenuS par l’opinion et les parents ; les questions du sport scolaire, du recrutement des étudiants, de l’EPS spécialisée ont provoqué beaucoup d’émotions.
D’autres initiatives seront réalisées spécialement pour sauvegarder le sport scolaire , un appel de 5000 personnalités sportives sera lancé, une journée de cross anti- plan Soisson et des galas du sport scolaire seront organisés. Le 31 mars 1979, une Convention nationale du sport scolaire se tiendra à la Sorbonne ; enfin le 3 Juin, à Charléty, Soisson préfèrera être absent au championnat UNSS pour ne pas voir une manifestation tonique. C’est dans cet esprit que le Congrès du SNEP lancera un Appel au « maintien de l’AS dans le service en tout état de cause » compte tenu des tendances suicidaires à la réduction voire au boycott qui se dessinait pour l’animation du sport scolaire dont la survie s’est jouée à ce moment là.
C’est d’ailleurs sur le sport scolaire que l’action reprendra dès la rentrée 79 avec une grande journée, le 24 octobre, appuyée par les parents et les chefs d’établissement. Ce fut le signal de la reprise de multiples actions publiques contre le plan SOISSON qui continueront toute l’année 79-80.
Mais, pour l’année 78-79 et faute d’élargissement le mouvement s’est affaiblit progressivement. Le Snep en sortira secoué mais la profession ne se trouvera nullement démoralisée, plutôt fière au contraire d’avoir fait la preuve de sa capacité de résistance, comme la suite le montrera. Le SNEP rassemblera 78,6% des suffrages aux élections professionnelles de 1980 mais enregistrera une perte de syndiqués, certains étant durablement « blessés » par cette épreuve
Soisson, lui, en sortira très impopulaire et les enjeux de l’EPS auront bénéficié d’une publicité exceptionnelle qui sera capital pour un avenir proche.
Quel bilan ? Après des négociations conclues avec la FEN qui poussait au renoncement, le plan sera partiellement appliqué malgré une résistance aux heures supplémentaires et aux transferts et avec le maintien militant du sport scolaire ; 400 postes seront offerts au CAPEPS 79. Ainsi au mieux ou au pire, ce fut un demi échec syndical et un demi succès ministériel.
Les horaires - élèves auront effectivement progressé, mais à quel prix !

V –1981 : LE RATTACHEMENT A l’EDUCATION NATIONALE : UNE OPPORTUNITE BIEN PREPAREE, UN DEBOUCHE LOGIQUE

Beau sujet pour disserter sur le croisement du hasard et de la nécessité en Histoire !
Il est clair que si François Mitterrand n’avait pas été élu à la Présidence de la République, une telle décision politique avait peu de chance d’être prise.
Mais si la victoire politique de la Gauche avec l’élection de Mitterrand était une condition nécessaire, elle n’aurait pas été suffisante sans le capital d’influence amassé les années précédentes par les actions pour les revendications de l’EPS, qui a permis, de longue date leur prise en compte par les partis de gauche (PC-PS) censés préparer une alternative politique.

L’exigence du rattachement est depuis l’origine inséparable du syndicalisme des professeurs d’EPS ; elle a été rappelée en 1958, en 1969, en 1980.
Dès 1970, les Assises de l’EPS et du Sport, avec 40 organisations nationales, expriment cette demande. La FEN, le CNAL font de même à plusieurs reprises.
Le programme commun des partis de gauche l’intègre en 1972, les programmes du PCF et du PS aux législatives de 73 puis de 78 la reprennent également comme l’atteste le dossier de la revue EP.S de novembre 1977.
Dans son bulletin de septembre 1977, le SNEP publie un programme politique complet pour le développement de l’EPS, qui intègre des modalités précises pour l’intégration avec en particulier l’idée d’une structure administrative spécifique (le futur « Service EPS »)
C’est ainsi qu’en avril 81, le candidat Mitterrand, comme ses conseillers ne pouvait pas ne pas intégrer dans ces cent-dix propositions, cette mesure exigée par toute la profession et au-delà. Après le 1er tour du 28 avril qui place en tête François Mitterrand, le SNEP appelle à voter Mitterrand après avoir obtenu le 6 mai un engagement public sur cette question ( interview à l’Equipe…(vérifiée). Au lendemain du second tour victorieux, le 11 mai, un contact est pris avec l’Antenne présidentielle pour veiller à cette intégration qui se joue en effet dès la composition du gouvernement, avec la rédaction des décrets d’attributions des ministres. Le 18 mai, Jean Glavany et Pierre Bérégovoy reçoivent sur ce point une délégation du SNEP.
Le 28 mai le décret d’attribution du ministre de l’EN Savary qui paraît au JO du 29, officialise cette intégration et le transfert des enseignants d’EPS du MJS à l’EN.
De fortes résistances s’étaient pourtant manifestées du coté de la mouvance socialiste proche de la J-S comme du coté de l’administration
Le 11 juin 1981, aura lieu la 1ère rencontre SAVARY –SNEP sur l’ensemble des problèmes de l’EPS avec remise par le SNEP d’un mémorandum complet et, dans la bonne humeur, du poster de la manifestation du 13 octobre 1978 (« carte d’identité de la profession ») ce qui n’a pas été inutile vu le débat très serré sur la question du rétablissement des 3 h d’AS (« ça coûte 1000 postes ! »)

Ainsi ont été acquis :

- l’intégration à l’EN et la création d’un service spécifique de l’EPS voulu par le Snep ;
- la création de 3000 postes en 2 ans et l’arrêt des transferts ;
- le rétablissement ;non sans difficultés du forfait de 3 h ;
- la mise en chantier d’une nouvelle loi pour remplacer la loi Mazeaud ;
- l’arrêt du recrutement des PA, la création de l’agrégation, un plan de titularisation d’auxiliaires ;
- la relance des formations universitaires et une section EPS à l’INRP.

En octobre 81, un colloque tenu à l’initiative du SNEP avec 400 participants aura pour thème significatif « EP et réussite de tous ». Il appelle à une relance pédagogique et didactique et à un plan de développement et de transformation de l’EPS.et du sport scolaire.
1982- un député socialiste présente un rapport à l’Assemblée Nationale prévoyant la création de 1500 postes par an. Un communiqué commun PS-SNEP du 12 mai 82 fixe l’objectif des 4h collège et de 3h lycée. Il y a 1200 postes au CAPEPS 82 ! Le rapport Legrand sur la démocratisation des collèges retient le principe des 5 h d’EPS !
Enfin la loi « Avice » qui ne paraîtra que le 16/7/84 et qui abroge la loi Mazeaud, contient, à l’initiative syndicale, le remarquable article 2 suivant « l’EPS et le sport scolaire contribuent à la rénovation du système éducatif, à la lutte contre l’échec scolaire et à la réduction des inégalités sociales et culturelles ». Cet article est d’ailleurs toujours présent dans la loi Buffet du 6/7/2000.
Au regard de ses évènements, les spéculations sur le « ralliement tardif » des dirigeants du
SNEP quant au rattachement à l’EN, du fait de leurs préférences politiques personnelles, font sourire mais elles permettent de revenir sur le rapport SNEP et politique.

VI- RETOUR sur le SNEP et l’union de la GAUCHE
La aussi, il y a une certaine cohérence syndicale dans les prises de positions liées aux échéances politiques dont il faut relativiser l’importance car elle ne dépasse pas 3 à 5% du volume du bulletin.
Dés 1972, le SNEP fait inscrire les revendications de l’EPS dans le programme commun, ce qui est sa responsabilité syndicale élémentaire et il se prononce ensuite pour son soutien qu’il renouvellera aux législatives de 1973.
Aux présidentielles de 1974, il soutiendra sur cette base, le candidat unique de la gauche
Puis, survient fin 1977 le divorce PC-PS sur le programme commun. Tout le mouvement syndical se sent concerné par la question du niveau des moyens économiques nécessaire aux revendications. Comme le courant UA de la FEN, le SNEP, tout en souhaitant l’accord à gauche, prend une position (naïve ?) issue d’un congrès, sur les nationalisations, plus proche effectivement de celle du PC, d’ou la réaction de quelques militants socialistes comme Michel Leblanc. Mais parler de crise est excessif, le recul de syndicalisation, 4%, dû plutôt à la dureté du contexte, est bien moindre que celui lié au plan Soisson, 13%.
En janvier 1978, aux élections professionnelles le SNEP recueille 81,7% des voix et 8900 voix soit 2000 de plus tout en perdant 4,5 % au bénéfice du SGEN:mais le lien « politique » n’est pas évident. Enfin à la veille des présidentielles de 81, le SNEP rappelle son souhait d’union à gauche mais en mettant en avant le rôle propre du mouvement social et syndical et en rappelant son programme complet publié dans le bulletin syndical de septembre 1977 pour le rattachement à l’EN.

VII- 83-94- NOUVELLES ANNEES DIFFICILES

• 1983/1984 : virage vers la rigueur

Dès l’été 82, le gouvernement de gauche fait le choix de la rigueur économique. Le projet de budget est très mauvais pour l’EPS
Le 4 novembre 1982, 2000 étudiants et professeurs manifestent à Paris en prévision de la régression qui s’annonce pour le CAPEPS 83, 270 postes seulement sont prévus en effet.
La profession est plutôt déconcertée et le syndicat obligé de relancer « une nouvelle bataille de l’EPS ». Avec le souci de se montrer constructif, le SNEP lance seul, le 27/01/83, une grève « POUR », c’est à dire POUR la réussite des changements promis pour l’école. C’est la 1ère grève, réussie d’ailleurs, du secteur enseignant, effectuée sous le gouvernement d’union de la gauche comprenant des ministres communistes.
Ce ne sera pourtant pas suffisant pour empêcher une austérité aggravée pour le budget 84 malgré deux nouvelles grèves, le 14 novembre 83 puis le 31 janvier 84 suivies d’ une manifestation intersyndicale le 21 mars.
1984, c’est en effet, l’année du plus mauvais CAPEPS de l’histoire : 170 postes !
Il manque toujours 1500 postes pour les 3h collège-2h lycée.

Il y en aura 84 et 85 plusieurs autres actions revendicatives spécifiques ou unitaires avec campagne d’affiches et lettre aux parents.
1985 : il y aura seulement 240 postes au CAPEPS.
Mais la régression n’est pas seulement budgétaire ; elle est aussi conceptuelle et pédagogique puisqu’ avec la circulaire Calmat – Chevênement, on voit revenir « l’animation sportive », pendant logique du retour à la distinction entre matières principales et matières secondaires, ce que dénonce vertement une lettre ouverte du SNEP au Ministre Chevênement. C’est pourtant ce même ministre qui proclamera que 80% d’une classe d’âge doit parvenir au bac, ce que reprendra la loi d’orientation de 89. La vague lycéenne va déferler de 85 à 95 (+25%). Pas étonnant si que l’on sonde le Snep sur l’éventualité de l’EPS facultative pour le second cycle et que l’on commence à douter du sport scolaire.
Pour autant le Snep continue son travail pédagogique : un livre sur l’évaluation est diffusé à 12000 exemplaires, signe d’une question sensible par rapport à la démocratisation ; un colloque est tenu pour la relance du sport scolaire. Enfin, avec la commission dite verticale et la préparation des IO de 85, un certain formalisme institutionnel se manifeste à nouveau et cela conclura par un texte de compromis.
Pour sa part le Snep réussit, en octobre 85, un colloque de 500 participants sur le thème significatif « promotion de l’EPS et Didactique des APS ». Le livre sera diffusé en 86 à 5000 exemplaires. D’autres productions provenant de l’INRP, des UFR, d’autres associations, convergent dans le même sens.

• 1989 : L’EPS dans l’enjeu politique du Second degré

Pour le gouvernement Rocard, face à la crise de recrutement d’enseignants, la démocratisation risque de coûter trop cher.
Aussi, en connivence avec la FEN pour motif complémentaire de recomposition syndicale , un projet brutal de nivellement par le bas de la formation et du statut des enseignants du Second Degré est mis au point : des bivalents bac+3 pour les collèges, les certifiés pour les lycées, les agrégés dans le supérieur.
La réaction solidaire du SNES et du SNEP sera plus qu’énergique : plusieurs grèves, une grande manifestation nationale le 4 mars qui rappellera en niveau celle du 13 octobre 1978 pour l’EPS. Le ministre Jospin devra, malgré le dépit de son conseiller Allègre, revoir sa copie et mettre 17 milliards sur la table. Non seulement les catégories existantes seront confirmées mais il y aura revalorisation et augmentation des recrutements et création des concours internes. Ainsi pour l’EPS le CAPEPS passera de 355 à 533 puis à 844 en 90 ; les CAPEPS internes et Agrégations progresseront.
Un enseignement : l’histoire de l’EPS ne se déroule pas dans un couloir séparé ; elle peut être aussi dépendante d’enjeux plus globaux de politique scolaire, la suite va encore le montrer.

Mais la politique 88-89 pour l’EPS, c’est aussi la circulaire Jospin-Bambuck qui, après les « Contrats Bleus- Bergelin », illustrera pour le 1er degré une nouvelle version de la ligne « animation sportive extra-scolaire ». En prime, le 1er ministre Michel Rocard semblera ignorer l’ intégration de l’EPS à l’EN en missionnant publiquement Roger Bambuck, Secrétaire d’Etat JS pour qu’il contribue à « rééquilibrer la formation physique à l’école » !

VIII – 1994 : LES QUATRE HEURES D’EPS EN SIXIEME, LE DERNIER PROGRES

La conjonction de plusieurs données de nature très différente peut « expliquer » cet évènement étonnant.
Fin 1993, le gouvernement conservateur du moment et son ministre de l’EN, François Bayrou avance un projet de loi d’aide supplémentaire à l’Enseignement Privé. A l’initiative de la nouvelle Fédération syndicale des enseignants, la FSU, dont le SNEP est cofondateur, une très forte opposition va s’exprimer par une première manifestation en décembre. Puis le 16 janvier c’est tout le camp laïque qui manifeste à Paris : un million de manifestants !
Le rapport de force global créé par cette immense manifestation, oblige, en plus du retrait du projet de loi, à l’ouverture d’une négociation globale sur l’Ecole. Dans ce cadre , le SNEP va défendre une série de mesures pour le développement de l’EPS. Il va s’appuyer sur une campagne d’opinion originale opportunément lancée dès fin 93, sur le thème « donnons du corps aux études » avec affiches, tracts, pétition, et appel de personnalités de la société civile. Il va faire entendre, face à des responsables ministériels inquiets de la crise des collèges, qu’il est nécessaire de prendre toute mesure favorable à la réussite des jeunes et à leur meilleure intégration, ce que peut apporter un progrès de l’EPS, ceci étant d’autant plus utile que le retard du 1er degré est connu. Le Snep fera valoir aussi son succès aux élections professionnelles de 1994 : 72 % des suffrages, pour la 1ère fois pour toutes les catégories d’enseignants d’EPS, 15500 voix.
Il faut souligner également la solidarité du SNES, syndicat des enseignants du second degré qui était directement concerné par la répartition de l’horaire global des élèves, lequel n’était pas augmenté. L’appui de la nouvelle FSU, créée après l’éclatement de la FEN, a également été appréciable. De leur coté les étudiants en EPS avaient fortement manifesté pour l’augmentation des postes offerts au CAPEPS.
Tels sont les éléments qui, après 5 mois de négociations, ont permis d’aboutir en juin 1994 à la décision de porter au titre des « apprentissages fondamentaux », l’ horaire d’EPS pour toutes les 6ème de 3h à 4 h, ce qui « coûte » 1600 postes.
En même temps, le principe de la création d’une option EPS en lycée a été obtenu
Tel est le dernier point d’équilibre important de l’histoire politique de l’EPS sur la question des horaires

IX-1995 – UNE REBELLION PEDAGOGIQUE SALUTAIRE ET SIGNIFICATIVE

Le 12 Juillet 95, lors du Conseil Supérieur de l’EN, le ministre, à la demande du SNEP, retire le projet de programme 6è présenté par le GTD et l’IG. Ce faisant, il ne fait que tenir compte « démocratiquement » de l’avis émis par l’organisation professionnelle très largement représentative.
On peut s’étonner alors de l’étonnement de certains « institutionnels » qui, eux, espérait user de leur position de pouvoir pour imposer des vues minoritaires dans la profession, ce qui avait été hélas réussi avec le coup de force de l’arrêté du Bac de 1993.
Le SNEP avait pourtant obtenu en octobre 1994 une consultation nationale, la seule par rapport aux autres disciplines. Il avait mené un débat public depuis un an et consulté largement la profession sans être entendu. Un avis du CNP allait d’ailleurs dans son sens.
Ainsi, après une négociation positive, de nouveaux textes plus acceptables vont être produits en 1996.
Rappelons sommairement les raisons de fond qui sont en pleine cohérence avec les visées exprimées dans les années 60 avec les formulations du moment, et qui concernent l’identité même de la profession et l’ambition que l’on se fixe pour tous les jeunes (lire mon article de la revue EPS n°256 et celui du n°281 de A.Becker-C.Couturier-M. FOUQUET, et aussi celui des mêmes auteurs dans Hyper n°211sur l’enjeu de démocratisation).On est loin des affligeantes allusions à une volonté de mainmise sur la discipline ou de la fable archaïque sur la confusion sport et EPS.
Les programmes sont un enjeu qualitatif important d’une politique de démocratisation de l’EPS au sens ou ils doivent garantir à la société et pour tous les jeunes, l’appropriation critique mais effective d’une culture comme meilleur moyen de développement personnel, ce qui implique naturellement une réévaluation critique permanente du « patrimoine des APSA » éclairée par une visée anthropologique. C’était en tout cas le motif de l’intervention du SNEP qui a estimé que le retour en force d’un formalisme scolaire n’offrait pas ces garanties.
Chacun a pu constaté les convergences entre certains « institutionnels », le SE-FEN, le SGEN, autour de cette idée de l’ enfant placé au centre mais laissé sans perspective d’entrer dans une véritable «culture d’apprentissage » selon la formule de Bruner et ce que confirment les apports actuels de la psychologie centrée sur le développement du sujet (Yves Clot, Jean-Yves Rochex, Vygotski).
Remarquons qu’aux élections « professionnelles » suivantes (1996) et malgré une campagne des autres listes sur ce terrain pédagogique, la liste SNEP progresse de 3% ; le désaveu n’est pas évident !


Ce débat a eu le mérite de provoquer un travail de mise à jour de l’orientation syndicale et ce n’est pas un hasard si le congrès du SNEP de 1995 a débattu du contenu du projet culturel et social qu’il fallait proposer à la profession ( Contre pied n°1). C’est dans cette perspective que la création du Centre EPS et Société a été décidée. C’est aussi pourquoi la question « ce qui mérite d’être enseigné » a fait l’objet d’un colloque de 500 participants à Créteil, en 1996.
Le même débat a alors recommencé sur les programmes lycée et le SNEP a contesté le retour d’une approche formelle des compétences de même que la fausse distinction entre développement personnel et acquisitions « culturelles » vérifiables. Une divergence de fond demeure même sous des formes plus civilisées, elle est stimulante !

CONCLUSION


• Quel bilan ?
Quel bilan provisoire de cette confrontation de plus de trente ans sur les politiques de l’EPS ?
Peut-on parler d’une très relative démocratisation ? Et peut-on prétendre qu’elle s’est faite naturellement, selon la seule volonté des pouvoirs publics ? N’est-elle pas la résultante d’une série de conflits dans lesquels le SNEP revendique sa part y compris avec ses insuffisances !
­ Les horaires : ils sont passés de 4h à 2h pour les lycées et de 1h 1/2 à 3h pour les collèges avec 4 h en 6è, ceci avec deux vagues démographiques successives en collège puis en lycée ce qui, avec la prolongation de l’obligation scolaire a considérablement amplifié la question de la démocratisation. L’effectif - élèves est passé de 3 millions à 5,7 millions. Alors que l’horaire lycée est à la limite du crédible, malgré un début des options, et que les 4 h 6è ont pourtant fait la preuve de leur utilité, il n’y a pas aujourd’hui de perspectives politiques pour un nouveau progrès, plutôt de nouvelles craintes sur les horaires obligatoires en lycées.
- Les enseignants : ils ont plus que doublé, ( 33000, dont 23000 professeurs et 3000 agrégés).
- Le sport scolaire :des réussites, des contestations, un nouvel enjeu.
- Les équipements : une lente progression, des inégalités ,des carences.
- Les contenus : le débat continue !

Si l’on se souvient du schéma de départ sur les trois courants, on pourrait résumer l’enjeu qualitatif de façon provocatrice en soutenant qu’il n’était pas impossible qu’une « animation sportive » soit massifiée, mais qu’il n’était pas impossible non plus qu’une Education physique formaliste, sorte de grammaire transversale physique, soit généralisée, relais logique dans une version « scientifique » des traditions militaires et médicales. Chaque type de ministère a infléchi dans le sens de sa fonction politique, soit vers l’animation sportive soit vers le conformisme scolaire. Mais il faut souligner que ces deux courants peuvent aussi cohabiter et que plus précisément une pratique du 1er peut cohabiter avec le discours du second.
Autrement dit, et en bref, moins les contenus d’un enseignement fondamental des APSA sont connus et maîtrisés et plus il y a risque de cette double dérive dont la caricature existe parfois dans le 1er degré : discours corporel ou psychomoteur et pratiques d’animation extrascolaire. Ce sont deux facettes d’un échec d’une démocratisation véritable.

Pourtant, depuis les années 60, la construction d’un enseignement fondamental et culturel des APSA s’est globalement poursuivie, principalement d’abord contre « l’animation » et non sans débats sur la didactique ou trop générale ou trop technocratique, puis dans les années 80-90, contre une pression forte exercée au nom d’une certaine normalisation scolaire, prix d’une soi-disant reconnaissance disciplinaire effectuée de surcroît au nom de la vraie science. Peut-on alors dire sommairement que l’EPS s’est construit d’abord contre des formes grossières d’une négation de l’EPS assortie de solutions « libérales » puis qu’elle doit encore éviter aujourd’hui de céder, fût-ce de bonne foi, au libéralisme subtil et idéologique ?
Signalons d’ailleurs à ceux qui ne doutent pas du sens de l’histoire, l’évolution significative des programmes de Français : alors que le patrimoine des œuvres littéraires était réservé par les classes dirigeantes aux élites des lycées, les programmes des collèges puis récemment ceux du primaire, longtemps marqués par la grammaire et l’orthographe, ont intégré l’objectif d’une culture littéraire. Il est même proposé aujourd’hui en maternelle une familiarisation avec la littérature de jeunesse… et aussi avec les APSA !

• Une histoire assumée
Finalement, le SNEP ne revendique pour son action passée que la reconnaissance d’une certaine cohérence stratégique syndicale contre des constantes politiques. Cette cohérence a été placée sous le contrôle de la volonté majoritaire d‘une profession difficilement manipulable et jalouse de son indépendance. La fable des mobiles « politiques extérieurs » restera un objet de perplexité amusée comme je l’ai exposé dans le n° 672 du bulletin du SNEP : « l’histoire de l’EPS mal traitée et… maltraitée ! » en soulignant que l’histoire semblait bien un enjeu politique du présent.
A contrario, une collaboration loyale entre Acteurs et Historiens semble souhaitable pour l’avenir dès lors qu’il y a une volonté partagée d’objectivité.
Aujourd’hui, le poids de la crise de l’école ajouté au doute sur une éventuelle alternative politique peut conduire, comme le montre un récent sondage chez les enseignants, à remettre en cause l’utopie généreuse d’une école égalitaire et de la réussite de tous dans les APSA. Il y a risque de voir affaiblir la dimension de militantisme culturel et social du métier de professeur d’EPS.

Résistance, production d’innovations et de solutions alternatives sont donc à l’ordre du jour (voir contre-pied n°8).
Il semble, en tirant toutes les leçons de notre Histoire dont quelques raisons d’optimisme, que le SNEP pour sa part soit prêt avec les collègues à relever encore le défi !
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Bibliographie sélective
- 1945-1995-L’EPS face au sport,15 acteurs témoignent-Centre EPS &Société-1999
- 1913-1975 Jean Guimier par Gérard Couturier-L’Harmattan-2001
- 1969-1981 - A nos marques - Marcel Berge- SNEP - 1981
- 1970-2000 - EP, Sport, Loisirs - T.Terret – AFRAPS-2000
- Histoire de l’EP : genèse d’une discipline scolaire Y. TRAVAILLOT, M. TABORY, accompagné d’un CD ROM. très documenté (éd. 2002).
- 1969-2000-Bulletins du SNEP : archives ouvertes à tout chercheur malgré quelques collections noircies par un incendie en 1978- nombreux autres documents internes à consulter seulement depuis 1969 et en voie de classement.- De même : Livres des colloques (1982-EP et Réussite de tous - 1984 l’Evaluation,12000ex-1986-EPS-Contenus et Didactique- 1989-EPS,Ce qui s’enseigne-1996 - EPS, Ce qui s’apprend - livres diffusés à 3 ou 4000 ex
- Quelle activité professionnelle pour la réussite de tous-Colloque d’Orsay-2000- SNEP
- Pour une culture commune –H-Romian –Hachette -2000
- Revue Contre pied n°1 et 2 pour les options « culturalistes »et n°5 et 6 pour les débats-programmes collèges et lycées.

 


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