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Chroniques
des années chaudes de l'EPS
1995 : La crise des programmes collèges
Par Jacques ROUYER
Une rébellion pédagogique et politique
salutaire !
Cette dernière chronique du cycle
des 10 chroniques prévues va présenter quelques particularités
pour deux raisons :
1- Elle a déjà
été écrite dans une version courte dans le cadre
de l'article paru dans le numéro 299 de la revue EPS.
2- Il en existe une version longue et très complète
dans le n°5 de la revue Contre Pied (encore disponible. "La chance
d'une crise" complétée par l'ensemble des autres articles
ainsi que dans le bulletin spécial Histoire SNEP/Centre EPS et
Société).
Les faits : le 10 juillet
1995, pendant la séance du conseil supérieur de l'Education
Nationale, le ministre François Bayrou retire, suite à une
demande du SNEP, le projet de programme EPS pour les classes de sixième,
présenté par les présidents de l'IG et du GTD. Une
nouvelle négociation va alors être ouverte pour aboutir en
1996 à des textes plus acceptables, assortis de documents d'accompagnements
qui seront appréciés.
Pourquoi et comment en était-on arrivé
là et pour quel enjeu ?
Pendant les années 80 et début 90, la noosphère "
EPS " est agitée par le débat classique entre approche
" culturelle " et approche généraliste et animée
d'une volonté de compromis, mais elle subit une forte pression
institutionnelle pour que des programmes soient produits, gage d'une "
reconnaissance " complète pour la discipline.
Février 1993, un texte Pineau-Hébrard lance l'opération
louable dans son principe " d'écriture concertée des
programmes ", le texte se référant cependant à
la classification, inspirée de Parlebas, des 5 domaines. Au lieu
d'un compromis, c'est une alliance opportuniste de fait Pineau-Parlebas
sur les principes de ce dernier.
Mars 93, le décret sur l'évaluation au bac impose ces notions.
C'est le 1er coup de force qui compromet la consultation promise, Pineau
utilisant le texte du bac comme argument d'autorité pour l'imposer
dans les programmes (ce que Gilles Klein semble oublier). Ce forcing sera
poursuivi avec le Schéma directeur publié en mai 94. Une
nouvelle chance s'ouvre cependant pour une nouvelle discussion avec la
consultation obtenue en octobre 94 mais IG et GTD persistent dans leur
surdité. Le SNEP décide alors en janvier 95 une riposte
publique nationale et appelle à dire non à ce qu'il considère
comme une mise en cause de l'identité professionnelle. Malgré
tout, en mars 95, le projet de programme de l'IG et du GTD maintient les
conceptions contestées alors que le CNP appuie nos propositions
plus proches de l'esprit de la charte des programmes. Un nouveau bulletin
spécial est publié, de très nombreuses réunions
sont tenues avec les collègues, le congrès de Montargis
va confirmer l'orientation pédagogique défendue. Cependant
début juillet 95, alors que les institutionnels s'obstinent, le
ministre sera sensible à notre argument " vous ne trouvez
pas que cela fait désordre si le syndicat qui a la confiance de
80% la profession vote contre des programmes que cette profession sera
tenue d'appliquer ?". Mais, cette attitude, somme toute démocratique,
du ministre n'empêchera pas certains (Parlebas notamment) de parler
de coup de force du SNEP, de tractation de couloirs et de fustiger "
l'acharnement didactique ", le dépit probablement.
Une négociation qui va durer six mois est alors ouverte. Les échanges
avec les représentants de l'IG, du GTD, de la DLC et aussi du CNP
sont fructueux et sérieux. En parallèle et en cohérence
un nouveau texte sur l'évaluation, qui ne fait pas référence
aux " domaines ", est élaboré fin 95. Pour sa
part le syndicat organise une large consultation de très nombreux
militants pédagogiques et rédige entre septembre 95 et mars
96 un texte de principes, préparatoire à la rédaction
du programme. La revue EPS de décembre 1995 publie notre point
de vue sur les enjeux politiques et pédagogiques. Les 30 et 31
mars 1996, le SNEP réunit en colloque 500 collègues sur
le thème " ce qui s'apprends en EPS " et y trouve de
fortes confirmations à ses orientations. La création du
centre " EPS & Société " est annoncé
à cette occasion.
Un nouveau texte plus positif est soumis au Conseil Supérieur du
18 avril 1996 ; le SNEP s'abstient compte tenu de l'absence des documents
d'accompagnement qui auraient dû être en fait un élément
clef du programme lui-même, puisqu'ils devaient énoncer les
niveaux précis de compétence à atteindre dans chaque
activité physique particulière (à l'inverse, la notion
maintenue de compétence de groupes nous a semblé contestable)
; le texte sera quand même approuvé mais avec beaucoup d'abstentions
de natures différentes. Les documents d'accompagnement ne sortiront
qu'en septembre 1997, ils seront appréciés mais aucun dispositif
d'actualisation de ces documents n'a, hélas, été
mis en place. De contenus voisins, les programmes 5e/4e seront publiés,
puis 3e, lequel sera assorti de ce principe intéressant "
l'évaluation porte sur les compétences spécifiques
véritables attachées à une activité particulière
", ce qui est une façon de souligner que le "général",
le fondamental sont présent et intégrés et s'apprennent
dans le" particulier" et que tout cela se concrétise
dans une performance scolaire pertinente. Rappelons les raisons de fond
de l'intervention du SNEP : elles sont inséparablement pédagogiques
et politiques et dans le droit fil des orientations du courant Unité
et Action élaborées dans les années 60 avec sans
doute un langage différent. Elles se fondent sur une visée
humaniste et progressiste qui affirme que le développement maximum
du sujet passe par une appropriation critique des produits les plus élaborés
de la culture humaine, culture physique incluse. Les programmes doivent
être le moyen de garantir cette démonstration culturelle
effective.
C'est cette option "culturaliste"
qui permet de répondre au mieux à l'exigence politique du
droit démocratique d'accès de tous à la culture universelle.
Ce courant a dû mener une lutte sur deux fronts : contre la dérive
vers l'animation sportive et contre les conceptions généralistes
dont la dernière version repose sur une classification abstraite,
informationnelle des conduites motrices. Tout ceci, justement, pour mieux
combattre les inégalités sociales et l'échec scolaire
en EPS, d'où l'importance, enfin, de poursuivre la construction
d'un enseignement " fondamental " des APSA. Le débat
a continué à propos des lycées. Aujourd'hui, la proposition
pour les collèges semble constituer un sérieux retour en
arrière. Alors 2004, bis repetita ?
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