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Chroniques des années
chaudes de l'EPS
N°5 - 1978 : Révolte et résistance
d'une profession !!
Par Jacques ROUYER
L'agression
Avril 78, après la défaite de la gauche désunie aux
Législatives, la lancinante question de l'EPS, bien présente
dans le débat politique, continue de peser sur les consciences
gouvernementales. 38% des classes ont encore moins de 2 h !
Jean-Pierre Soisson qui est nommé ministre de la JS par Raymond
Barre, 1 er ministre du Président VGE, entend tirer les leçons
de l'échec des CAS et de la loi Mazeaud (cf. chronique précédente).
II va essayer, dans le cadre d'un budget de pénurie, de répondre
paradoxalement aux besoins de l'EPS mais sur le dos des enseignants et
du sport scolaire. Cela en développant, en fin politique, une stratégie
d'isolement du SNEP !Préparé pendant les vacances, un "
Plan de Relance " explosif est présenté le 31 Août.
II prévoit pour récupérer des heures par tous les
moyens :
- la réduction du " forfait AS " de 3 à 2 h
- l'obligation de 2 h supplémentaires pour chaque enseignant
- la récupération de 600 postes retirés des SUAPS,
de l'EP spécialisée, de l'extrascolaire
- un plan de transferts de postes des lycées vers les collèges
- enfin, Zéro création de poste de professeurs au budget
79
La révolte
La réaction va être immédiate :Grève unitaire
réussie le 21 septembre (appel snep-sneeps obtenu non sans difficultés)
puis levée en masse exceptionnelle avec la manifestation du 13
octobre: 30 000 à Paris, la moitié de la profession, les
2/3 des étudiants, et le droit obtenu, signe médiatique,
de s'expliquer en l ère page du Monde ! Le député
de Paris, Lionel Jospin, était même venu nous saluer !
Soulignons que les ressorts de la mobilisation ont été autant
pédagogiques que corporatifs. La mise en cause du sport scolaire,
du professorat, plus l'autoritarisme, ont été reçus
comme une atteinte à l'identité professionnelle. Au matin
du 13 Octobre, à Beaubourg, les retrouvailles fraternelles avaient
des airs de fête !
19 octobre, 7 novembre, nouvelles grèves avec manifestations, à
Paris, on décore l'Opéra !
Soisson est en difficultés, son budget est reporté du fait
de la défection du RPR et il doit annoncer 300 créations
de postes de profs ce qui évitera le pire et permettra 400 postes
au CAPEPS 79 contre 485 au professorat? adjoint (1 ère inversion
significative quand même du rapport des recrutements ).
La résistance
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille... Le Snep s'efforcera
d'inscrire l'action dans la durée non sans débats difficiles
avec les tenants de la grève illimitée " jusqu'à
satisfaction " et malgré les suspicions de " trahison
". La grève reconductible par semaine sera inventée,
8 auront lieu au total au 1er trimestre avec parfois des "suppléments
"régionaux et de multiples initiatives... Puis l'essoufflement
viendra avec l'absence d'élargissement de l'action à toute
l'EN.
Soisson refusera de discuter avec le SNEP et une fausse négociation
ministère ? FEN sur les rythmes scolaires sera instituée
avec un Sneeps flottant et un syndicat des instituteurs réclamant
des PEGC bivalents EPS ! La FEN tentera même de négocier
notre capitulation.
L'action portera aussi spécialement sur le sport scolaire : un
Appel rassemblera 5000 signatures de responsables et champions sportifs,
le 24 janvier se tiendra une journée nationale de cross anti-Soisson
ou de galas du sport scolaire, le 31 mars, à la Sorbonne, une convention
de défense du sport scolaire et une manifestation tonique le 3
juin à Charléty au championnat UNSS auxquels Soisson n'osera
se montrer. Enfin, après une consultation et une campagne de conviction
le congrès du SNEP lancera un appel pour le " maintien "
de l'A.S dans le service malgré ceux se prononçant pour
" réduire " voire pour un boycott suicidaire !
Dès la rentrée 79,une grande journée pour le maintien
du sport scolaire se tiendra le 24 octobre avec l'appui des parents et
des chefs d'établissements. La guérilla continuera !
Quelques leçons
Des moments glorieux ... un bilan contrasté !
Cette année là, de nombreux collègues ont fait leur
première grande expérience d'une lutte collective avec son
cortège de découvertes, de joies, d'illusions mais aussi
d'ignorances de la dure réalité des rapports de forces,
des manœuvres diverses et des faux amis.
Certains garderont durablement leurs incompréhensions et leurs
déceptions et la syndicalisation faiblira un peu ; mais pour une
grande majorité, c'est plutôt la fierté d'avoir bien
"tenu" qui domine et la conscience de faire partie d'une profession
syndicalement bien organisée et assez solidaire pour réussir
une telle " révolte professionnelle ". Le 13 octobre
deviendra un grand moment de la mémoire collective. Le SNEP, qui
" ne tourne pas la page " rassemblera 78,6% des suffrages aux
élections professionnelles de 1980. Au cour de ces actions, le
Snep aura expérimenté des formes de démocratie syndicale
: publications intégrales de comptes-rendus d'audience, assemblées
générales, consultation, etc ... Quant au bilan revendicatif,
il faut sans doute distinguer le regard du moment et le regard post 81.
Le retour au forfait AS de 3h n'a pas été obtenu immédiatement
et il a fallu attendre 1981 pour gagner.. Ceci doit nous faire mieux mesurer
aujourd'hui sa valeur! L'essentiel des transferts a été
réalisé avec des dégâts durables en lycée
et pour les enseignants concernés. Mais il y a eu une bonne résistance
contre l'imposition d'HS, une lutte pour des gains de postes au budget
suivant et un progrès notable des horaires collèges !
Happy End ou la revanche de 81 :
Le SNEP aura aussi acquis un capital d'influence qui s'avérera
très utile après les présidentielles de 81 ...A suivre
donc...
Anecdote significative : c'est le poster du 13 Octobre 78 qui sera remis,
avec le commentaire " Voilà la profession '; au ministre Alain
Savary lors de la 1ère audience à l'Education Nationale
le 11 juin 1981 !
Jacques ROUYER
NB : Le livre de M. Berge "A nos
marques ? 12 ans de luttes pour l'EPS" retrace cette période.
Commandes au SNEP, 50 F port compris
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