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Ce
texte d'orientation a fait l'objet d'une discussion avec les
adhérents d'EPS et Société et a été
adopté par le conseil scientifique, culturel et social
(voir liste en fin de texte)
REACTIVER
LA PAROLE
Dans un monde qui bouge, qui se transforme, où les
cadres d'analyse changent, où les générations
se confrontent et où les antagonistes sociaux s'exaspèrent,
le danger le plus grand est que rien ne se dise franchement
ou pire encore que la parole soit confisquée par une
minorité qui pense pour tout le monde et affadisse
le débat. La pensée unique est l'ennemie du
progrès. Au contraire, il faut impulser constamment
un échange d'idées, d'expériences, de
convictions pour que la profession dans sa grande masse soit
concernée par son avenir et sorte d'une attitude ambiguë
: à la fois méfiance envers les discours et
suivisme institutionnel.
Le style est à trouver tant dans le type de langage
que dans la forme de communication. Trop intello Contre-Pied
?. Encore trop restreint le cercle des participants ?
L'enjeu est d'importance car qui est porteur de la réalité
de l'EPS si ce ne sont les enseignants d'EPS ? Où peut-on
trouver la réalité de l'EPS si ce n'est dans
les séances d'EPS ? Il nous faut apprendre à
écouter les collègues qui, à partir de
leurs pratiques, tentent de rapprocher le dire et le faire
. UNE
NOUVELLE PROFESSIONNALITE AU COEUR DU DEBAT
L'EPS pour tous et la réussite de tous n'est pas une
incantation d'idéologues. Les enseignants d'EPS prennent
à bras le corps, dans des réalisations efficaces,
les questions posées par l'hétérogénéité
des publics scolaires et pourtant l'échec scolaire
persiste, même en EPS. Comment s'armer mieux collectivement
pour comprendre les mécanismes d'exclusion et explorer
les terrains d'innovations où la réussite est
dans les faits ?
Parler de démocratisation, oui à condition de
préciser qu'il s'agit de l'intégration de tous
les élèves vis à vis d'un certain nombre
de savoirs fondamentaux d'où la nécessité
de construire une problématique: qui sont les exclus,
exclus par rapport à quoi, quels savoirs fondamentaux,
etc… oui encore, à condition d'accepter l'idée
que les plus beaux objectifs, les plus généreux
prennent consistance au creux des situations d'apprentissage.
Les ambitions politiques se conjuguent au quotidien, dans
les détails modestes des actes les plus banals de l'enseignement,
dans l'exercice concret du métier. Parvenir à
"penser" sa pratique doit être un objectif
pour le professeur d'EPS. Ne faut-il pas interroger la compétence
réelle des enseignants? Fut-ce douloureux. L'ambition
c'est une professionnalité maîtrisée dans
toutes ses dimensions. La contribution du centre au colloque
du SNEP en mars doit se situer précisément dans
cette perspective et interpeller la formation initiale
et continue
POLITISER
DAVANTAGE LE DEBAT
Cette formulation ne va pas sans le risque d'être mal
comprise.
Politique au sens le plus général du terme :"qui
concerne l'ensemble des citoyens ou la vie collective de la
cité". Il s'agit de développer l'idée
selon laquelle il faut relier les enjeux propres à
l'EPS à des enjeux plus larges, sociaux et politiques,
comme celui de la démocratisation, de la réduction
des inégalités, de la distorsion entre les discours
sur les valeurs éducatives et les grands objectifs
éducatifs et la réalité des pratiques
quotidiennes. Dans ce sens, il s'agit de mesurer le défi
que représente l'ambition d'une école démocratique
dans une société libérale foncièrement
inégalitaire. Pas d'idéalisme naïf dans
ce projet mais une utopie réaliste au sens qu'il est
toujours possible de réaliser un pas vers ce que chacun
peut admettre comme plus juste. Mais en même temps les
responsabilités sont à situer sur un autre plan.
"le débat sur l'école (et sur l'EPS) débouche
sur un choix simple mais fondamental. Ou bien se maintient
l'option éthique en faveur d'une société
massivement instruite, en trouvant les moyens d'étendre
encore l'accès à l'éducation, mais il
faudra imaginer une économie qui corresponde à
un tel niveau de scolarisation, ou bien les mécanismes
libéraux qui règnent actuellement sur la dite
économie s'étendent au domaine encore relativement
protégé de l'école. Mais alors il faudra
renoncer pour longtemps à la résorption des
fractures sociales. C'est un choix de société!
Encore un. Mais celui-là aura des conséquences
incalculables. (S. Joshua "L'école entre crise
et refondation"). Ne faut-il pas discuter du point de
vue dans un esprit pluraliste? C'est dans ce cadre qu'il faut
travailler le rapport entre les enjeux culturels et politiques
du sport et les enjeux de l'EPS
RESISTER
ET INNOVER
- à la tentation du renoncement au projet politique
de démocratisation du système scolaire et à
la volonté d'innovation… tant les difficultés
sont grandes en certains endroits.
- à la pression idéologique qui cherche à
convaincre par diverses voies(théoriques ou matérielles)
que les évolutions observées dans notre société
en crise sont inéluctables et que déterminations
socio-culturelles et biologiques des individus plaident contre
les projets de démocratisation et de culture commune.
- aux dérives pédagogistes qui de "l'enfant
au centre" au "tout socialisation" sèment
le trouble vis-à-vis de l'exigence essentielle de l'école
qui est de transmettre des savoirs.
- à l'attitude humanitaire en éducation qui
se satisfait de résultat locaux, ponctuels, très
individualisés : " si au bout du compte, j'en
sauve un… ". L'action éducative ainsi réduite,
c'est une déresponsabilisation du politique sur l'éducatif,
et le report de la responsabilité des échecs
sur les enseignants et le fonctionnement des établissements.
" Eps et société " doit réaffirmer
ses options relatives à la fonction de l'école
et de l'EPS. Pour une EPS citoyenne, au sens où elle
doit être évaluée à l'aune des
savoirs acquis par tous les élèves dans le vaste
champ des APSA. C'est cela qui est réellement "
libérateur ".
UNE
VISEE DISCIPLINAIRE PROGRESSISTE
- une EPS de conquêtes culturelles, exigeante sur les
acquisitions comme sur la démarche créatrice,
une EPS dont l'originalité est d'engager la personne
totale par l'action dans un nouveau mode de connaissance.
- une EPS vivante. Au moment où les contenus de la
discipline se stabilisent sous la forme de programmes, il
est important de conserver pour chaque enseignant une marge
d'initiative. L'innovation pédagogique au plan le plus
local n'est pas contradictoire avec la nécessaire définition
d'une culture commune pour tous les jeunes d'une classe d'âge.
- une EPS plurielle. Dans la période de rupture sur
tous les plans que nous vivons, il n'est pas possible de penser
l'EPS à partir d'un modèle unique. Cela ne correspond
pas à la période d'innovation-invention dans
laquelle il faut entrer. D'ailleurs, lorsqu'on analyse les
pratiques, on se trouve devant une diversité de "
figures disciplinaires "1. " Eps et Société
" devrait pouvoir fédérer autour d'un certain
nombre de principes et d'orientations fondamentales, en reconnaissant
la possibilités d'expressions personnelles différenciées
selon les projets pédagogiques des établissements,
les niveaux et les filières scolaires, les publics,
les possibilités matérielles, les traditions
locales, les compétences des enseignants, etc.
- une EPS de combat. Sans l'utopie d'un sport humaniste, l'EPS
n'a pas d'horizon.
La sous-évaluation des pratiques physiques dans l'éducation
et la culture, les dérives des pratiques de haute performance,
les pressions de l'environnement proche (établissement,
municipalités…), ou lointain (ministère), sont
autant d'obstacles au développement de l'EPS. Obstacles
auxquels l'enseignant militant se heurte quotidiennement pour
maintenir l'efficacité, le potentiel et le statut de
la discipline.
La permanence de l'engagement, la vigilance vis-à-vis
de la réalité de la classe et de l'établissement,
la conviction (souvent ébranlée) de l'efficacité
de l'action éducative, le sang-froid nécessaire
dans des circonstances difficiles, sont des aspects du métier
d'enseignant qu'une réflexion didactique et pédagogique
ne doit pas négliger. Une EPS résolument critique
et créatrice vis-à-vis des références
sportives doit éclairer les jeunes sur les contradictions
du fait sportif. Le sport scolaire est déjà
un lieu d'innovation sportive.
Une EPS ouverte aux évolutions de la société.
L'EPS est au carrefour de plusieurs systèmes : économique
et social, politique, scolaire, sportif, culturel, d 'éducation
populaire… ce serait une erreur que de limiter le regard sur
l'EPS à celui des spécialistes de la profession.
Les enseignants d'EPS ont à s'enrichir des analyses
des acteurs voisins sur leur propre métier. Cette ouverture
aidera à situer la discipline dans les grands problèmes
de société tels que la violence, l'exclusion,
le vieillissement, la place des femmes…
Ce serait tout autant une erreur que de rester sur des schémas
dépassés vis-à-vis des pratiques sociales
des APS. En pleine évolution, le sport doit faire l'objet
d'une analyse sérieuse qui aidera les enseignant à
renouveler leurs références culturelles. Cette
analyse ne peut se faire sans une collaboration élargie.
N'est-ce-pas une faiblesse de la profession que de négliger
des espaces de dialogue tels que les Offices Municipaux des
Sports, les assises nationales ou locales du sport ?
IMPULSER,
SOUTENIR LES INNOVATIONS
La pratique professionnelle (ce qui se passe sur le terrain)
est centrale. La diversité reflète le dynamisme
d'une profession qui croit encore en son métier2. Mais
cette diversité n'est pas connue ni analysée.
Identifier les pratiques novatrices eu égard aux objectifs
du projet politique explicite, les analyser, les diffuser
représentent un aspect essentiel du travail du centre
" EPS et Société ", pour aider les
enseignants à reconquérir une confiance mobilisatrice.
En ce sens, une utopie conjuguée à des propositions
concrètes et ouvertes constituerait une aide appréciable.
REANIMER
LES POLEMIQUES THEORIQUES
Le soucis de coller à la réalité du
terrain n'exclut pas le débat théorique. Bien
au contraire, l'analyse des pratiques sera d'autant plus fine
que le cadre notionnel et théorique sera clair. Il
ne s'agira pas de jouer la pratique contre la théorie,
mais de faire jouer la dialectique qui unit les deux dimensions
de la discipline qui a en fait une double vie, théorique
et pratique. Il faut donc traiter des enjeux de contenus,
de programmes, des enjeux épistémologiques pour
élucider ce que contient notre " mémoire
collective ".
" EPS et Société " doit être
également un observatoire des pratiques physiques et
sportives, pour renouveler et préciser nos références.
1 Expression empruntée à JL. Martinand
2 Enquête nationale sur les jeunes enseignants
...
Conseil scientifique, culturel et
social. Comité de parrainage
Amade-Escot Chantal
Anger Pascal
Becker, Alain
Berge Marcel
Bouillon François
Bouthier Daniel
Bromberger Christian
Cadopi Marielle
Clot Yves
Cosson Emilienne
Davisse Annick
Deligny Raymond
Deltour Sylvaine
Duret Pascal
During Bertrand
Fouquet Michel
Garel Jean-Pierre
Gautier Michèle
Goirand Paul
Goudard Alain
Jouffret Robert
Grosgeorges Bernard
Lenfle Danièle
Lafontan Jean
Leziart Yvon
Marsenach Jackie
Moustard René
Paget Denis
Dr Peres Gilbert
Piasenta Jacques
Poitou Jean-Paul
Portes Maurice
Rat Michel
Reynaud Roland
Rotenberg Michel
Rochex Jean-Yves
Vigarello Georges
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